Théorie de la saucisse, curiosités & culture de science

Au détour d’un One science man show, Fabrice Riblet du Jardin expérimental a attiré ma curiosité. Cet homme débordant d’idées et d’enthousiasme façonne autour de lui un monde inédit de vulgarisation. Chacune de ses expériences se fonde sur un phénomène du quotidien en vue de doucement vous amener à penser que « c’est incroyable de pouvoir comprendre » !

One science man show avec Fabrice Riblet, Cité des Sciences, mars 2014 © NJoly
One science man show avec Fabrice Riblet, Cité des Sciences, Paris, mars 2014 © NJoly

 « Vous saviez qu’une patate, ça déforme l’univers ? », lance un homme cheveux en bataille, en blouse blanche. L’univers, ce drap noir tendu par des visiteurs de la Cité des sciences et de l’industrie à Paris, prend la forme d’une cuvette lorsqu’une pomme de terre est jetée à sa surface. « Tout à l’heure, le drap était tendu, l’univers était plan, la bille se déplaçait en ligne droite. Et là, à cause de la patate, les choses changent. Si la bille se déplace assez vite sur l’univers, elle échappera à l’influence de la patate. Mais si je la lance tout doucement dessus, elle sera attirée vers la déformation patatoïde. » Après quelques nouvelles explications, les assistants d’un jour rangent le drap. « Vous avez vu, à l’origine le drap était bien plié, là il est tout en désordre. L’univers aime le désordre. » Alors que le médiateur s’empare de collants pour créer un trou noir, je ne peux que relever sa maîtrise de la vulgarisation. Je suis curieuse de connaître sa vision des choses sur le sujet. Mais pas maintenant, non, là, trop de monde admire des éruptions solaires dans un bécher.

Quelques jours plus tard, le monsieur aux expériences magiques et fascinantes acquiert une identité précise. Il s’appelle Fabrice Riblet. Il est cofondateur avec son épouse Édith Muller, du Jardin expérimental, sous-titré culture des sciences. Le jeu de mots entre jardin et culture m’amuse. Comme pour les plantes, il faut du temps pour qu’une idée prenne place et s’épanouisse auprès des spectateurs. Depuis 2008, le Jardin est sans filet. Les époux gèrent seuls leurs activités et s’adaptent aux demandes. « Imaginez qu’on décide de planter des petits pois. Et puis un jour quelqu’un nous demande des ananas. Sauf que ça ne pousse pas ici. Alors on instaure un système avec des serres pour les ananas. Et les petits pois, on en fait quoi? On les garde dans un tiroir en attendant », image Fabrice Riblet. Au total, le Jardin cumule 60 projets et autres prestations animées par la transmission d’un savoir.

« La curiosité, l’interrogation infantile », voilà les moteurs du professionnel de la médiation scientifique. « Beaucoup de personnes schématisent ou vivent avec des aberrations. C’est une évidence, les gens ne voient plus les choses. Comme le fait de dire que les flamants roses sont roses parce qu’ils mangent des crevettes… grises. Oui bien sûr c’est dû aux crevettes, mais qui sait qu’une transformation des crevettes dans leur estomac, un peu comme ce qui se passe lors de la cuisson des crevettes, en est la cause ? Il manque souvent le mot juste dans les explications…»

Je ne suis pas un flamant gris. #Confession  © NJoly
Je ne suis pas un flamant gris. #Confession © NJoly

Et pourtant, aucune censure n’existe. Le monde aujourd’hui ne manque pas d’informations. Au contraire, elles débarquent dans votre vie, comme ça, sans vraiment vous demander, par le biais de la télévision, d’affiches, de prêcheurs de bonne parole ou de pop-up sur votre écran. La médiation scientifique est différente. Selon Fabrice Riblet, elle se fonde sur la théorie de la saucisse. Là, les théoriciens s’affolent. Qu’est-ce que c’est que cette théorie ? C’est répondre à la question : pourquoi acheter de la saucisse à un salon gastronomique ? « Parce que lorsque vous venez de vous-même devant un stand, vous y êtes confronté. On vous met un bout de saucisse dans la bouche : la démarche est intrusive. Mais c’est là que vous vous rendez compte de la deuxième partie de la théorie : la saucisse est bonne », explique Fabrice Riblet. Et si, vous aimez, c’est parce qu’il s’agit d’un produit de bonne qualité… et simple. « Si vous dites que votre saucisse est agrémentée de piment d’Espelette, de soja avec un soupçon d’origan, ça ne marchera pas. Et puis en troisième partie, il faut quelqu’un pour raconter une histoire autour du sujet. La saucisse est produite avec la chair de mes cochons élevés avec amour, avec du bon foin que l’oncle a coupé l’été dernier. »

Et ça fait mouche. Le public est touché. Mais est-ce que tout le monde peut comprendre ? « Tous les hommes ont un domaine d’excellence, on a tous des compétences magnifiques et d’autres qu’il faut faire progresser. Moi, par exemple, je ne sais pas tailler une haie. Si je le fais, ça sera plutôt assimilable à de l’art qu’autre chose », rit Fabrice Riblet. « Pour que les gens comprennent absolument tout, il y a deux possibilités. Soit on les envoie sur les bancs de la fac pendant huit ans fois 40, c’est-à-dire trois siècles – on estime que pour tout connaître sur tout, il faudrait être expert dans 40 domaines différents. Soit on transforme le langage complexe en langage du quotidien ». Et par là, il veut dire utiliser des images pour illustrer des modèles scientifiques. « Attention, l’image ne doit pas être trop proche de la réalité, sinon il y a aura un amalgame entre les deux. Le public doit constater les limites de l’image. » Pour donner la notion d’atome, il dégaine une plaque de chocolat qu’il découpe en morceaux jusqu’à ne plus pouvoir. Il ne se préoccupe pas des histoires de protons, neutrons ou de Mendeleïev. « On doit mettre des limites dans ce que l’on va dire et bien définir le lexique qu’on utilise. »  Autrement dit, il faut s’assurer que le public s’arrête sur les mêmes définitions. « Si je parle de vide à des étudiants, ils peuvent penser au vide d’une bouteille, au vide lié au vertige ou d’autres concepts alors que je pense au vide cosmique ! Ce n’est pas criminel d’expliquer de quoi on parle. »

Contournement d’aberration à la mode d’Andy Wharol © NJoly
Contournement d’aberration à la mode d’Andy Wharol © NJoly

 Quoi qu’il en soit, « le Jardin expérimental ne fonctionne comme personne. Regarder ce que font les autres, c’est risquer d’être influencé. » Bien sûr, Fabrice Riblet glane au fil des rencontres de nouvelles graines à faire pousser dans son jardin. Avec un peu de « flotte, de savon et de chou rouge », il sort des chemins battus sans imposer un regard particulier. Le cultivateur de science semble heureux. Des questions foisonnent, des solutions fleurissent. Ce ne sont pas des tours de magie avec de grands sorts et pleins d’étincelles, non. Simplement un phénomène du quotidien qui se révèle à vous. Voilà le secret : fournir des faits et donner le pouvoir de comprendre, redonner confiance à l’humain qu’il peut faire de grandes choses et aimer la science sans même s’en rendre compte.

IMG_20150325_152637

Partez pas si vite ! Pour une promenade dans le Jardin expérimental, cliquez sur l’escargot.

Publicités

Bébé Philae va faire ses premiers pas

Petite vie terrestre. Que seront les hommes dans des milliards d’années ? Que penseront-ils de la population actuelle ? Et s’ils comprenaient autre chose? Comment les activités de ce millénaire seront-elles perçues? Étudieront-ils le monde ? Que se cache t-il derrière l’univers ? Comment l’homme est arrivé sur Terre?

La réponse à toutes ces questions tient en une seule chose : une machine à explorer le temps. À défaut d’être capable de voyager dans une autre temporalité, l’homme peut analyser les objets qui ont traversé les âges. Et puisque la folie est incluse, pourquoi pas aller creuser la surface d’une comète située à 510 millions de kilomètres de notre planète ? C’est justement l’objectif de Philae.

Philae. Ce nom résonne en vous. Vous l’avez entendu quelque part. Lors de votre dernier voyage en Egypte sans doute ? Vous ne pouvez quand même pas avoir manqué la destination phare du pays ? Si ? Et bien, ce n’est pas grave puisque ce n’est pas de cette Philae dont il est question, mais plutôt de l’atterrisseur de la sonde interplanétaire Rosetta.

Allô la Terre, ici Philae © N Joly
Allô la Terre, ici Philae © N Joly

L’attente a duré 10 ans, le temps que Rosetta s’approche de la comète 67P Churyumov-Gerasimenko. Une décennie pour avoir la confirmation : Philae va pouvoir se poser sur une comète. Et pas n’importe où ! Le petit atterrisseur va se poser sur un site nommé Agilkia, en référence à un ancien temple égyptien de l’île Philae. Mais avant cela, Philae fera une chute de 22 km depuis Rosetta. Le tout à un peu plus de 3km/h, de quoi aller boire un café pendant sept heures. Et puisque le suspens ne sera pas suffisamment à son comble : il faudra attendre de nouveau une demi heure avant de recevoir le signal de Philae « je suis bien arrivé, bisou ».

Dès lors, le robot pourra déployer ses instruments et fouiller le sol Churyumovien. La question « de quoi est fait le noyau de la comète ? » prendra tout son sens. Enfin si Philae ne fait pas des cabrioles lors de son atterrissage… Certaines probabilités établissent que le petit robot peut rebondir à la surface de la comète et ne pas s’y ancrer tel que prévu. Ça serait vraiment dommage d’avoir traversé l’univers pour finir en débris de l’espace !

>> Ce 12 novembre, suivez l’atterrissage de Philae sur le site Agilkia en direct depuis les réseaux sociaux : sur mon compte @NadegeJoly & sur les hashtags officiels #CometLanding & #PoseToiPhilae

And More

Une autre histoire d’exploration spatiale : « Allô la Terre, ici Curiosity, cette fois c’est sur, Mars était habitable ! », 12/01/14

Lorsque l’ATV ne veut pas reproduire Gravity & permet à l’ISS d’éviter un débris, un article du @CNES, 03/11/14

Philae se posera sur Agilkia, EnjoySpace, 04/11/14

Voyage spatial avec Hidden Universe

Mesdames, messieurs. Vous prenez place à bord de la Géode de Paris. Préparez-vous à vivre, en avant-première, une aventure extraordinaire. Les narrateurs, Greg Poole et Jonathan Whitmore, deux astronomes passionnés d’étoiles et de galaxies, semblent bien déterminés à vous faire vibrer devant de sublimes images du film Hidden Universe.

Paris s’obscurcit peu à peu, il est 19h. La Cité des sciences et de l’industrie s’apprête à s’endormir. Sa voisine, la Géode va, quant à elle vibrer encore quelques heures. Ce soir, cette sphère quasi trentenaire  de 36 mètres de diamètre n’attend que vous, passionnés d’étoiles, de galaxies, de monde et d’Univers.

Le monde prend place et commence à lever le nez vers la surface intérieure de la géode.

Comment va-t-elle nous faire découvrir davantage de secrets de l’univers que ce que diffuse les agences spatiales sur la toile ou encore les astronomes et astronautes sur Twitter ? Elle le peut. Le comment gâcherait un peu la surprise. Sachez simplement que « c’est un film parfait pour la morphologie de la géode »,  comme le commente Laurent Dondey,  directeur général de la Géode.  La curiosité et le suspens augmentent encore un peu lorsque Claudie Haigneré, présidente d’Universciences, débute une prose digne de Beaudelaire. L’oratrice pose les faits. « Ce film d’exception est fort. Il répond avec talent au besoin de représenter le monde céleste. Plairait-il aux astronautes ? Sans doute oui. Hidden Universe fait découvrir la passion d’un grand nombre de professionnels.»

Il est temps. Le noir et le silence tombent à l’intérieur de la géode. La Terre débarque doucement au-dessus de nous. Elle, notre planète, nous montre toute sa splendeur. Il parait que voir la Terre dans son intégralité provoque chez les astronautes un syndrome d’Overview.  Comme un bouleversement total, une prise de conscience ultime : nous sommes petits et fragiles sur une planète tout aussi petite et fragile dans un Univers si vaste.

La balade, que dis-je, l’envol spatial se poursuit. Les planètes et satellites paraissent si réels, si détaillés. La voix de Jonathan Whitmore nous guide à travers le système solaire pour s’arrêter sur l’une des passions de l’astronome : le Soleil. L’étoile parait gigantesque. Des éruptions fusent dans tous les sens. Il est là, celui qui éclaire nos vies.

Notre cœur vibre au rythme de la puissante bande son. Nous y sommes là-haut dans un « véhicule improbable nous emportant », souffle Claudie Haigneré. Mais tout ceci n’est pas une simple animation ou un quelconque montage. Ce sont des résultats issus de télescopes uniques au monde : le Very large telescope (VLT) et l’Atacama large milimetter array (ALMA). Des technologies de pointe implantées dans des milieux extraordinaires et surtout des milieux qui semblent fait pour l’observation spatiale. L’atmosphère du Chili est très pauvre en humidité. La nuit, l’obscurité est quasi-totale. Un endroit parfait pour admirer ce qui est au-dessus de nos têtes : « un ciel merveilleux transparent », confie Patricio Hales, ambassadeur du Chili en France.

Cette immersion dans l’Univers va plus loin que n’importe quelle autre illustration, photo ou vidéo présente sur le web. Les découvertes ne sont pas de simples faits posés devant vous, elles sont un partage que la science fait avec vous.

Toutes ses images majestueuses n’existeraient pas sans son réalisateur Russell Scott ni sans l’ingéniosité de son équipe qui a su tourner dans d’extrêmes conditions.

Alors si vous ne savez pas quoi faire à partir du 15 octobre, laissez-vous doucement porter vers la Géode, prenez place et vivez simplement ces 45 minutes d’ailleurs.

> Merci au CNES, à Matheo & à Sébastien Carassou pour l’invitation, à Patricio Hales pour nous avoir fait découvrir son pays, le dés(s)ert et le pisco.

Tempête en approche

C’est un vaste complot qui s’est organisé au fond de l’eau. J’ai simplement oublié de respirer pendant quelques secondes. Et quelques jours plus tard, une tempête percute mon atmosphère et me rappelle à l’ordre.

Il n’y en a jamais assez. Lorsqu’il n’ y a plus aucune difficulté, sans prendre garde, une F5 vous tombe dessus. La force est de savoir y faire face. Pour cela, il faut d’abord se relever.

C’est pas grand chose mais ça bouscule l’univers. Le votre ? Non, non bien sur, il n’y a qu’ici que le disque tourne en boucle.

Un message se glisse : fais le bon choix, ressens l’ouragan, ne reste pas sous la pluie, transforme ta colère en force. Sois humaine.