Encore un naufrage de canards

Fin 2008, 90 petits êtres jaunes en plastique ont sombré à 30 km de la baie de Baffin, dans les méandres du glacier Jakobshavn au Groenland. Aucun de ces jouets de bain n’a été retrouvé depuis. Cette expérience, puisqu’il s’agit bel et bien d’une expérience scientifique, a été menée par Alberto Behar, expert en robotique de l’équipe Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la Nasa. L’objectif ? Valider une hypothèse : La disparition des glaciers est accentuée par la formation d’une galerie d’eau à l’interface sol glacier.

Illustration de tunnels creusés par l'eau due à la fonte des glaces à l'interface glacier-sol. © NJoly
Alberto et son canard, illustration de tunnels creusés par l’eau due à la fonte des glaces à l’interface glacier-sol © NJoly

En effet, ce flux faciliterait le glissement du glacier vers le large, « comme un savon sur une planche », image Frédéric Ferrer, acteur auteur d’A la recherche des canards perdus. Une conférence décalée qui tente depuis 2010 d’expliquer l’échec total de cette mission, à laquelle j’ai pu assister à l’espace Culture de l’Université Lille 1, mercredi 9 décembre dernier. « Je veux simplement livrer publiquement les résultats de ma recherche et de mes investigations sur ces palmipèdes. Cette conférence, bien qu’elle ait lieu dans un espace théâtral, ne cherchera pas à brouiller les cartes, à mélanger le vrai du faux, à jouer de la réalité à la fiction », annonce-t-il à ses débuts dans un communiqué. La vérité, selon ce dernier, serait qu’Alberto Behar, après avoir envoyé plusieurs sondes sophistiquées dans les trous du glacier en vain, ait jeté son dévolu sur des canards en plastique. « Pas cher, et sacrément résistants comme l’a prouvé le naufrage d’un porteur de conteneurs en 1992 libérant des dizaines de milliers de canards, tortues et autres jouets de bains. Depuis, on les retrouve régulièrement, plus ou moins en bon état, sur les côtes du monde, reflétant les flux océaniques de la planète », raconte Frédéric Ferrer dans sa conférence. Ainsi, une expérience sérieuse de la Nasa use de canards ayant pour seul équipement une étiquette mentionnant une récompense pour qui trouvera la bête et contactera le numéro indiqué, sous prétexte qu’ils sont résistants et peu onéreux comparé à des sondes.

Le Canard d'Eau ou Ne pas dessiner de canard en présence d'une poule d'eau © NJoly
Le Canard d’Eau ou Ne pas dessiner de canard en présence d’une poule d’eau © NJoly

Et Alberto Behar jeta les canards à l’entrée d’un tunnel dans l’espoir de les retrouver dans la baie quelques temps plus tard. Comme si vous placiez un petit bateau en amont d’une rivière. Sans jamais retrouver le bateau. Et sans pouvoir observer s’il est coincé quelque part ou non. A moins de voir à travers la glace. Malheureusement, ce scientifique est décédé en janvier 2015 dans le crash d’un petit avion dans la zone de Los Angeles, il ne pourra donc pas commenter son action. La Nasa, elle, par contre, le peut. « Nous n’étions pas au courant des expériences d’Alberto Behar jusqu’à ce que les médias n’en parlent. D’ailleurs le nombre de relais médiatiques nous a réellement surpris», révèle Alan Buis, de l’équipe JPL. Et à la question, existe-t-il des publications scientifiques relatives à cette expérience ? Il répond qu’ « aucun texte de la Nasa ne relate les expériences d’Alberto Behar ».

Dans sa conférence, Frédéric Ferrer réfléchi aux possibilités de la localisation actuelle des canards. Il explore les deux hypothèses logiques : soit ils sont coincés dans le glacier, soit ils sont dehors. Quoi qu’il en soit aujourd’hui, ils sont introuvables. Et ça, ce n’est, selon Frédéric Ferrer, pas la raison de l’échec total de la mission. Puisque si on les retrouve aujourd’hui, on ne saura pas par où ils sont passés. Par les dits tunnels (mais se sont retrouvés piégés dans des galeries en coudes, ou des lacs, d’où l’extrême délai) ? Par le glacier (coincés dans la glace, ils sont réapparus dans la mer une fois qu’elle ait fondu) ? Quoi qu’il en soit, cette expérience n’aboutit guère.

Mais alors pourquoi réaliser une telle chose? Frédéric Ferrer, dans sa conférence qui transite dans les villes, évoque le maintien de communications récentes de la Nasa sur le sujet. Au-delà du commentaire d’Alan Buis, je n’ai pas trouvé de preuve officielle. Je ne dis pas qu’il n’en existe pas. Simplement que je doute de leurs existences. Après tout, pas besoin de communiqué, de publications officielles pour que les médias s’emparent d’une action en apparence originale, décalée et mettant en scène un objet qui parle à tous. Cette proximité du canard en plastique avec la société, Frédéric Ferrer l’évoque. Il dénonce même l’éventualité que cela soit une manière d’introduire un objet occidental, et plus précisément américain – puisqu’étiqueté Nasa – au cœur de l’arctique. En effet, comme l’avait annoncé en 2012 dans The Guardian, Peter Wadhams, directeur du département de physique à l’Université de Cambridge, la banquise du pôle Nord est en voie de disparition. A l’époque, l’expert prédisait un été arctique (d’août à septembre) sans glace pour 2016, offrant ainsi l’espace aux voies maritimes. Cette caractéristique permettrait de relier l’Amérique du Nord à l’Asie très rapidement. Et le canard jaune dans cette zone serait comme un drapeau américain planté.

Honnêtement, je ne crois pas une seconde qu’Alberto Behar visait une invasion palmipède des eaux arctiques. J’imagine plutôt un amusement bien fondé. J’imagine que c’est tout de même drôle de lancer 90 canards dans un trou au fin fond du monde et de croire (ou pas d’ailleurs) à leur sortie 30 km plus bas. Et que c’est une belle manière d’accrocher la presse, et par ce biais, de sensibiliser le monde ou juste de le faire sourire. La disparition tragique d’un objet hors du référentiel de la science, dans un endroit extrême, pour prouver une hypothèse liée au réchauffement climatique : n’est-ce pas la recette explosive d’un cocktail merveilleux?

Horsehead Nebula, la sombre rouge

Là haut au cœur du vaste nuage moléculaire Orion B, sous le roi Alnitak, se glisse  une fabuleuse constituée de gaz. Elle n’est pas aussi visible que la fameuse M42, la nébuleuse d’Orion. Toutefois, en 1888, une assistante déterminée, la désormais célèbre  Williamina Fleming, découvre cette nébuleuse à Tête de cheval sur une simple plaque photographique.  Barnard 33, le nom  astronomique de la nébuleuse, fut donné par Emerson Barnard, celui qui assembla l’ensemble des nuages sombres dans « A photographic Atlas of selected regions of the Milky Way » en 1927.

 

Horsehead Nebula, NASA
Horsehead Nebula, NASA

 

Les poussières interstellaires se concentrent presque cent fois plus en la Tête de cheval qu’en ses voisines. La nébuleuse est obscure : aucune lumière n’est émise. Toutefois si on observe bien (vraiment vraiment vraiment bien), des électrons se combinent avec des protons pour former des atomes d’hydrogènes. Autrement dit, des étoiles se forment en son sein. Les poussières environnantes absorbent dans l’infrarouge la lumière produite par ses jeunes étoiles et révèlent la tête de cheval sous un doux projecteur framboise. L’aspect parfois bleu de la nébuleuse n’est en rien du à celle-ci. Non, la douce réfléchis simplement la lumière bleue des étoiles proches.

Chacun admire cette nébuleuse. En 2001, à l’occasion du 11e anniversaire d’orbite de Hubble, la NASA avait permis à 5000 internautes de définir la prochaine cible astronomique de Hubble. Résultat : le télescope a pointé son objectif sur la Tête de cheval et transmit de merveilleuses données dont des photos se retrouvant régulièrement aujourd’hui dans les lignes de l’Astronomy Picture Of the Day. 

Cette nébuleuse n’a pas fini d’intriguer. Et si vous souhaitez l’observer encore un peu, allez donc voir ceci : The Horsehead nebula in new light, by ESA

 

 

L’envol du Dragon

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Drake på en medeltida vävnad © Mats Halldin

Alors que les Dragons de la célèbre Khaleesi (Game of Thrones) reviennent sur vos écrans, la capsule Dragon, développée par la société SpaceX pour la NASA, s’envolera ce vendredi 18 avril à bord de la fusée Falcon 9 pour rejoindre l’ISS.

 

Ce troisième ravitaillement embarquera 2,4 tonnes de fret, soit quatre fois plus que la précédente mission. Le lancement, prévu le lundi 14 avril à l’origine, risque encore d’être repoussé d’un jour à cause des pluies et tempêtes prévues vendredi.

 

Si l’ISS attend avec impatience, depuis les problèmes informatiques rencontrés la semaine dernière, l’arrivée du Dragon, les scientifiques restés sur Terre sont curieux d’observer les résultats des expériences spatiales notamment d’Ant in space !

 

A suivre.. 

 

« Allô la Terre, ici Curiosity, cette fois c’est sur, Mars était habitable ! »

Curiosity, le rover de la NASA, explore depuis août 2012 les sols martiens. C’est en décembre 2013, seize mois plus tard, que d’intéressants résultats parviennent à la Terre. L’environnement de la planète rouge révèle que Mars était autrefois habitable. Cette « découverte majeure » nous rapproche de la réponse à la célèbre question  : la vie a t-elle existée sur Mars ? Continuer la lecture de « Allô la Terre, ici Curiosity, cette fois c’est sur, Mars était habitable ! »

2013, ma liste non exhaustive

2014 approche. Avant d’empaqueter 2013, revenons en vidéos sur cette année !

  • La majeure découverte hors-Terre : Mars était habitable

 Illustration par la NASA

 

  • La série la plus piratée : Game of Thrones

Saison 3 – Episode 10 – Scène Finale

 

  • Un partage d’idées : le Ted Talk d’Amanda Palmer 

L’art de demander – AmandaPalmer,  Mars 2013

 

  • une ouverture de la science : le ted talk de Celya Gruson Daniel

PhD or no PhD, the discovery of Open Science, Juillet 2013

 

  • Un court-métrage inconnu : Spirit of the Forest – premier jet

Réalisateur : Manubiwan –  Actress : Me ;)

  • Un fou rire garanti : Funny Cats in water

>> Et vous ? Quelle vidéo vous a marqué cette année ?!

Il y a 4 milliards d’années, Mars n’avait pas de quoi rougir

Mercredi, la NASA diffusait Mars Evolution, une vidéo de la planète rouge perçue toute jeune : il y a quatre milliards d’années. On y découvre une atmosphère martienne épaisse et chaude. Des océans et lacs d’eau liquide, élément crutial pour la formation de la vie, se distinguent du paysage rouge désertique qu’on lui associe de nos jours. Cette animation en images de synthèse annonce la mission spatiale MAVEN (Mars Atmosphere and Volatile Evolution) dont le lancement a lieu lundi. Elle vise à étudier les hautes atmosphères de l’astre ainsi que leurs interactions avec le soleil et ses vents. Les données recueillies permettront de mieux comprendre le rôle de chaque composé atmosphériques, notamment le dioxyde de carbone, le dioxyde de nitrogène et l’eau, dans l’évolution du climat de la planète. Début des observations prévu pour septembre 2014. 

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