Twitter devient Facebooker, et ça fait mal au cœur

En 18 mois, l’oiseau bleu Twitter a virevolté à cause des décisions concernant directement le réseau social et aussi suite aux turbulences financières et hiérarchiques qu’il subit. Face à tant d’instabilité, il y a comme un vent de panique qui souffle « changez de cap et accrochez-vous à quelque chose de solide ! ». Au loin, sa ligne de mire à des airs de Facebook, mais ça, ça reste des gazouillis, pas des déclarations publiques.

Ça a commencé par votre tête, ou du moins votre profil. En avril 2014, Twitter l’a remanié en profondeur. Au départ, seuls certains utilisateurs se sont vus proposés la nouvelle disposition. Photo de profil surmontant une bio, bannière par-dessus. Puis tous y ont eu accès. Cette modification, en dehors du fait qu’elle est le miroir de Facebook, est plutôt bien tolérée puisque plus intuitive, plus design. D’autant plus qu’elle est accompagnée de l’outil « Épingler un tweet », accessible depuis les paramètres propres d’un tweet, qui permet d’accrocher virtuellement un post en haut du profil. Pratique !

Sur le forum développeur de Twitter en avril 2015, un certain Agarwaf du staff de l’oiseau bleu annonce que la vague de changement va atteindre les messages privés. Deux modifications majeures : faire filer la limite des 140 caractères à 10 000 (pour permettre des messages plus longs en privé) et enlever la clause de réciprocité nécessaire pour s’envoyer de tels messages. Enfin, la clause ne disparait pas totalement, elle reste effective par défaut, il y a simplement désormais un paramètre permettant de choisir les expéditeurs des DM : avec suivi mutuel obligatoire ou non. Autre note importante de Agarwaf « les tweets continueront d’être les 140 caractères qu’ils sont aujourd’hui ». C’était sans compter le retour de Jack Dorsey sur le trône fin septembre dernier. Le co-fondateur serait, en effet, favorable à la suppression de cette contrainte.  L’explication ? À la base, le site web a été conçu comme un service de micro-blogging, de SMS. Aujourd’hui, l’utilisateur peut publier des tweets nettement plus longs que les 140 caractères annoncés, grâce à des liens (raccourcis automatiquement à 10 caractères), des Twitter cards (ces fameux médias que l’on ajoute au tweet), à la fonction citer, ou même une photo avec du texte. Il y a de nouvelles règles, de nouvelles pensées étranges, pour ne pas dire absurdes : tweeter la photo d’un texte, c’est normalement rajouter autant de caractères que contient le texte, c’est détourner la limite. Sauf que non, tweeter une photo, c’est tweeter une photo. Pas de détournement. C’est juste l’usage d’un outil.

Quelle que soit la prolongation désirée, ce sont toujours des tweets de 140 caractères. Mais alors pourquoi vouloir faire exploser la base même de Twitter ? Pour tenter d’attirer de nouveaux utilisateurs. Voilà la galère actuelle de l’oiseau : séduire, encore et toujours. S’il est bien de se remettre en question et de tenter de comprendre ce qu’il ne va pas, aller voir ce qu’il se fait ailleurs et détruire sa propre identité au passage ne mérite pas une médaille. Loin de là.

Et pourtant récemment, en novembre 2015, patatra, tout s’effondre. Après la tentative de rendre populaire les sondages, voilà que des « j’aime » remplacent les favoris. Bas les étoiles, haut les cœurs. Un joli design explique que derrière le cœur se cache plein de choses, autant que derrière l’étoile. Que c’est un symbole, qu’ainsi les nouveaux utilisateurs comprendront mieux. Justement l’étoile n’était pas autant un symbole que le cœur. Elle, à mon avis, était nettement plus adaptée à ce genre de comportement. Favoriser un tweet ne voulait pas nécessairement dire « j’aime », à la Facebook, mais tellement de choses. Sans oublier l’usage originel de maintenir un tweet en mémoire dans une colonne dédiée. Trop de confusion possible, gazouille l’oiseau. Et les collections Tweetdeck, c’est du poulet bleu ? Pour rappel, elles permettent d’accrocher un tweet, qu’on a envie de garder quelque part, quelle que soit la raison, sur une colonne.

Aujourd’hui, bien sûr, les twittos se sont fait à ce cœur rouge vif. Son usage se confond même avec l’ex étoile. Modifier l’image d’un usage, même en faisant grogner le peuple, c’est possible. Il suffit de laisser le temps filer, pour que la nouveauté devienne une banalité. Et d’ailleurs, il semblerait que le voyage ne soit pas fini. Twitter ne l’a pas encore confirmé, ni démenti, mais ce cœur pourrait bien se faire voler la vedette par toute une bande émoticônes. Vous ne serez plus forcé d’aimer, vous pourrez transposer votre émotion propre.

Si seulement des modes d’emplois clairs officiels (officiels, parce qu’en réalité des dizaines grouillent sur le net grâce aux merveilleux usagers connectés), existaient, cela faciliterait sans doute l’amorce complexe du site web.  Et cela éviterait cette refonte totalement explosive. À croire que l’oiseau se dit  : « puisqu’ils savent utiliser Facebook, faisons en sorte que Twitter lui ressemble, que dans leurs cœurs, Twitter soit un second Facebook, un Facebooker. »

Note : Ce n’est pas pour cela, que je vais abandonner l’oiseau bleu. J’espère encore qu’il ne fait que passer dans une zone de turbulences, qu’il n’est pas fou au point de vouloir s’effondrer sur le sol sans déployer ses ailes. Mais de manière absolument objective, son comportement m’inquiète. Quelqu’un ne voudrait-il pas lui donner un peu d’air ?

J’ai testé (malgré moi) les tweets protégés.

Le cri de l’oiseau bleu a étouffé la portée de mes tweets.

Tout ça parce qu’une ombre a traqué, menacé bien plus que mon arobase. Et qu’il fallait une solution. 
Quelque chose de facile et direct : j’ai protégé mes gazouillis.

Au début, c’est amusant de recevoir des demandes d’abonnement. Comme sur Facebook, un contrôle est possible. Quelques demandes plus tard, j’ai compris que c’était hors principe. Twitter n’est pas un réseau social où la réciprocité est obligatoire. C’est limite discriminant d’avoir le pouvoir d’accepter ou non quelqu’un. J’accepte tout le monde directement.

L’avantage, c’est qu’il faut être abonné pour consulter mes tweets. Tout le monde ne peut pas les voir. Je limite l’accès de mon compte, je suis protégée de ceux qui ont décidé de me traquer. C’est exactement ce que je voulais.

« Je n’arrive pas à te retweeter. » Voilà une conséquence à laquelle je n’avais pas pensé. Puisque seuls mes followers ne peuvent voir mes tweets, les followers des autres ne le peuvent pas, d’où les RT interdits. Or, la portée d’un tweet est liée aux nombres de nos followers mais peut être amplifiée via les retweets. On parle de Retweet Reach. Cette notion donne davantage de vues à nos messages et augmente le nombre potentiel d’impressions. Merde, je n’ai pas que bloqué mes tweets, j’ai aussi bailloné la portée mon compte.

L’inconvénient, c’est qu’il faut être abonné pour consulter mes tweets. Tout le monde ne peut pas les voir. Donc en plus d’être interdite de RT, diffuser, grâce à un live-tweet, un événement ou propulser quelque chose sur Twitter devient ridicule. Ma participation à certaines conférences est remise en question. Le 12 novembre, je relibère mes tweets, mon métier est en jeu. Philae le vaut bien. Et d’ici là, les méchants m’auront oubliée. Ou pas.

Professionnellement, la protection des tweets est plus qu’handicapante. Il me faut remédier à tout cela. L’idée de se cacher derrière un pseudo est bonne. Mais lequel ? Entre deux noms, d’autres questions m’interpellent. Suis-je prête à repartir à zéro avec un nouveau nom? Après tout, c’était une évolution pour moi de passer de mon pseudo à mon vrai nom…Mais pourquoi faudrait-il que je fasse marche arrière ? Pourquoi devrais-je modifier ma vie ? Pour des gens trop curieux qui bousculent les barrières morales du cercle intime ? Non. Je reprends les choses en main. 

Aucun de mes tweets ne fait offense à qui/quoi que ce soit.  Ma vie professionnelle est publique. Oui, je suis ici puis là. Oui j’écris ceci, cela.  Vous voulez me suivre, très bien faites le. Mais ayez la descence de le faire proprement : en appuyant sur le bouton follow depuis votre compte twitter officiel plutôt qu’en scrutant mon profil sans être abonné au réseau.  Aucun autre événement ne me fera restreindre mes diffusions. Vous me devez 3 jours de silence. Mais je ne suis pas rancunière, puisque la seule chose qui m’importe ce n’est pas ceux qui veulent détruire certaines personnes mais ceux qui veulent devenir acteur de ce monde. Pour toutes ces raisons, mon compte @NadegeJoly retrouve ses origines et sa liberté d’expression. Retrouvez-moi entre les lignes de l’oiseau bleu. 

Réseaux Sociaux : L’oiseau bleu de Twitter se fait un nid

A vos tweets !! – © http://www.gizmodo.fr/

En 2006, Jack Dorsey bouleversait les réseaux sociaux et la diffusion d’informations avec la création de Twitter. Comment la start-up californienne parvient-elle à se faire une place dans l’actuel vaste monde connecté?

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