EnDirectDuLabo, l’expérience en 140 caractères

A 15 mois d’existence, le compte Twitter @EnDirectDuLabo, créé par Sébastien Carassou, possède plus de 3500 followers au compteur ! Ce succès provient notamment de son fonctionnement participatif (emprunté à @RealScientists, la version australienne) : chaque semaine, un chercheur prend en main @EnDirectDuLabo et partage sa vie, son sujet d’études et ses aventures au sein de son laboratoire. Pendant une semaine, la communauté de l’oiseau bleu leur pose un milliard (nombre évidemment imprécis et sans doute exagéré) de questions.  Il y a un an, j’ai posé quelques questions aux sept premiers intervenants de cette folle aventure. Comment ont-ils vécu ce moment ? Qu’attendaient-ils de cette semaine ? Comment leurs supérieurs ont-ils réagi face à cette initiative ? En ce début d’année 2016, je vous offre leurs retours.

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Encore un naufrage de canards

Fin 2008, 90 petits êtres jaunes en plastique ont sombré à 30 km de la baie de Baffin, dans les méandres du glacier Jakobshavn au Groenland. Aucun de ces jouets de bain n’a été retrouvé depuis. Cette expérience, puisqu’il s’agit bel et bien d’une expérience scientifique, a été menée par Alberto Behar, expert en robotique de l’équipe Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la Nasa. L’objectif ? Valider une hypothèse : La disparition des glaciers est accentuée par la formation d’une galerie d’eau à l’interface sol glacier.

Illustration de tunnels creusés par l'eau due à la fonte des glaces à l'interface glacier-sol. © NJoly
Alberto et son canard, illustration de tunnels creusés par l’eau due à la fonte des glaces à l’interface glacier-sol © NJoly

En effet, ce flux faciliterait le glissement du glacier vers le large, « comme un savon sur une planche », image Frédéric Ferrer, acteur auteur d’A la recherche des canards perdus. Une conférence décalée qui tente depuis 2010 d’expliquer l’échec total de cette mission, à laquelle j’ai pu assister à l’espace Culture de l’Université Lille 1, mercredi 9 décembre dernier. « Je veux simplement livrer publiquement les résultats de ma recherche et de mes investigations sur ces palmipèdes. Cette conférence, bien qu’elle ait lieu dans un espace théâtral, ne cherchera pas à brouiller les cartes, à mélanger le vrai du faux, à jouer de la réalité à la fiction », annonce-t-il à ses débuts dans un communiqué. La vérité, selon ce dernier, serait qu’Alberto Behar, après avoir envoyé plusieurs sondes sophistiquées dans les trous du glacier en vain, ait jeté son dévolu sur des canards en plastique. « Pas cher, et sacrément résistants comme l’a prouvé le naufrage d’un porteur de conteneurs en 1992 libérant des dizaines de milliers de canards, tortues et autres jouets de bains. Depuis, on les retrouve régulièrement, plus ou moins en bon état, sur les côtes du monde, reflétant les flux océaniques de la planète », raconte Frédéric Ferrer dans sa conférence. Ainsi, une expérience sérieuse de la Nasa use de canards ayant pour seul équipement une étiquette mentionnant une récompense pour qui trouvera la bête et contactera le numéro indiqué, sous prétexte qu’ils sont résistants et peu onéreux comparé à des sondes.

Le Canard d'Eau ou Ne pas dessiner de canard en présence d'une poule d'eau © NJoly
Le Canard d’Eau ou Ne pas dessiner de canard en présence d’une poule d’eau © NJoly

Et Alberto Behar jeta les canards à l’entrée d’un tunnel dans l’espoir de les retrouver dans la baie quelques temps plus tard. Comme si vous placiez un petit bateau en amont d’une rivière. Sans jamais retrouver le bateau. Et sans pouvoir observer s’il est coincé quelque part ou non. A moins de voir à travers la glace. Malheureusement, ce scientifique est décédé en janvier 2015 dans le crash d’un petit avion dans la zone de Los Angeles, il ne pourra donc pas commenter son action. La Nasa, elle, par contre, le peut. « Nous n’étions pas au courant des expériences d’Alberto Behar jusqu’à ce que les médias n’en parlent. D’ailleurs le nombre de relais médiatiques nous a réellement surpris», révèle Alan Buis, de l’équipe JPL. Et à la question, existe-t-il des publications scientifiques relatives à cette expérience ? Il répond qu’ « aucun texte de la Nasa ne relate les expériences d’Alberto Behar ».

Dans sa conférence, Frédéric Ferrer réfléchi aux possibilités de la localisation actuelle des canards. Il explore les deux hypothèses logiques : soit ils sont coincés dans le glacier, soit ils sont dehors. Quoi qu’il en soit aujourd’hui, ils sont introuvables. Et ça, ce n’est, selon Frédéric Ferrer, pas la raison de l’échec total de la mission. Puisque si on les retrouve aujourd’hui, on ne saura pas par où ils sont passés. Par les dits tunnels (mais se sont retrouvés piégés dans des galeries en coudes, ou des lacs, d’où l’extrême délai) ? Par le glacier (coincés dans la glace, ils sont réapparus dans la mer une fois qu’elle ait fondu) ? Quoi qu’il en soit, cette expérience n’aboutit guère.

Mais alors pourquoi réaliser une telle chose? Frédéric Ferrer, dans sa conférence qui transite dans les villes, évoque le maintien de communications récentes de la Nasa sur le sujet. Au-delà du commentaire d’Alan Buis, je n’ai pas trouvé de preuve officielle. Je ne dis pas qu’il n’en existe pas. Simplement que je doute de leurs existences. Après tout, pas besoin de communiqué, de publications officielles pour que les médias s’emparent d’une action en apparence originale, décalée et mettant en scène un objet qui parle à tous. Cette proximité du canard en plastique avec la société, Frédéric Ferrer l’évoque. Il dénonce même l’éventualité que cela soit une manière d’introduire un objet occidental, et plus précisément américain – puisqu’étiqueté Nasa – au cœur de l’arctique. En effet, comme l’avait annoncé en 2012 dans The Guardian, Peter Wadhams, directeur du département de physique à l’Université de Cambridge, la banquise du pôle Nord est en voie de disparition. A l’époque, l’expert prédisait un été arctique (d’août à septembre) sans glace pour 2016, offrant ainsi l’espace aux voies maritimes. Cette caractéristique permettrait de relier l’Amérique du Nord à l’Asie très rapidement. Et le canard jaune dans cette zone serait comme un drapeau américain planté.

Honnêtement, je ne crois pas une seconde qu’Alberto Behar visait une invasion palmipède des eaux arctiques. J’imagine plutôt un amusement bien fondé. J’imagine que c’est tout de même drôle de lancer 90 canards dans un trou au fin fond du monde et de croire (ou pas d’ailleurs) à leur sortie 30 km plus bas. Et que c’est une belle manière d’accrocher la presse, et par ce biais, de sensibiliser le monde ou juste de le faire sourire. La disparition tragique d’un objet hors du référentiel de la science, dans un endroit extrême, pour prouver une hypothèse liée au réchauffement climatique : n’est-ce pas la recette explosive d’un cocktail merveilleux?

Twitter devient Facebooker, et ça fait mal au cœur

En 18 mois, l’oiseau bleu Twitter a virevolté à cause des décisions concernant directement le réseau social et aussi suite aux turbulences financières et hiérarchiques qu’il subit. Face à tant d’instabilité, il y a comme un vent de panique qui souffle « changez de cap et accrochez-vous à quelque chose de solide ! ». Au loin, sa ligne de mire à des airs de Facebook, mais ça, ça reste des gazouillis, pas des déclarations publiques.

Ça a commencé par votre tête, ou du moins votre profil. En avril 2014, Twitter l’a remanié en profondeur. Au départ, seuls certains utilisateurs se sont vus proposés la nouvelle disposition. Photo de profil surmontant une bio, bannière par-dessus. Puis tous y ont eu accès. Cette modification, en dehors du fait qu’elle est le miroir de Facebook, est plutôt bien tolérée puisque plus intuitive, plus design. D’autant plus qu’elle est accompagnée de l’outil « Épingler un tweet », accessible depuis les paramètres propres d’un tweet, qui permet d’accrocher virtuellement un post en haut du profil. Pratique !

Sur le forum développeur de Twitter en avril 2015, un certain Agarwaf du staff de l’oiseau bleu annonce que la vague de changement va atteindre les messages privés. Deux modifications majeures : faire filer la limite des 140 caractères à 10 000 (pour permettre des messages plus longs en privé) et enlever la clause de réciprocité nécessaire pour s’envoyer de tels messages. Enfin, la clause ne disparait pas totalement, elle reste effective par défaut, il y a simplement désormais un paramètre permettant de choisir les expéditeurs des DM : avec suivi mutuel obligatoire ou non. Autre note importante de Agarwaf « les tweets continueront d’être les 140 caractères qu’ils sont aujourd’hui ». C’était sans compter le retour de Jack Dorsey sur le trône fin septembre dernier. Le co-fondateur serait, en effet, favorable à la suppression de cette contrainte.  L’explication ? À la base, le site web a été conçu comme un service de micro-blogging, de SMS. Aujourd’hui, l’utilisateur peut publier des tweets nettement plus longs que les 140 caractères annoncés, grâce à des liens (raccourcis automatiquement à 10 caractères), des Twitter cards (ces fameux médias que l’on ajoute au tweet), à la fonction citer, ou même une photo avec du texte. Il y a de nouvelles règles, de nouvelles pensées étranges, pour ne pas dire absurdes : tweeter la photo d’un texte, c’est normalement rajouter autant de caractères que contient le texte, c’est détourner la limite. Sauf que non, tweeter une photo, c’est tweeter une photo. Pas de détournement. C’est juste l’usage d’un outil.

Quelle que soit la prolongation désirée, ce sont toujours des tweets de 140 caractères. Mais alors pourquoi vouloir faire exploser la base même de Twitter ? Pour tenter d’attirer de nouveaux utilisateurs. Voilà la galère actuelle de l’oiseau : séduire, encore et toujours. S’il est bien de se remettre en question et de tenter de comprendre ce qu’il ne va pas, aller voir ce qu’il se fait ailleurs et détruire sa propre identité au passage ne mérite pas une médaille. Loin de là.

Et pourtant récemment, en novembre 2015, patatra, tout s’effondre. Après la tentative de rendre populaire les sondages, voilà que des « j’aime » remplacent les favoris. Bas les étoiles, haut les cœurs. Un joli design explique que derrière le cœur se cache plein de choses, autant que derrière l’étoile. Que c’est un symbole, qu’ainsi les nouveaux utilisateurs comprendront mieux. Justement l’étoile n’était pas autant un symbole que le cœur. Elle, à mon avis, était nettement plus adaptée à ce genre de comportement. Favoriser un tweet ne voulait pas nécessairement dire « j’aime », à la Facebook, mais tellement de choses. Sans oublier l’usage originel de maintenir un tweet en mémoire dans une colonne dédiée. Trop de confusion possible, gazouille l’oiseau. Et les collections Tweetdeck, c’est du poulet bleu ? Pour rappel, elles permettent d’accrocher un tweet, qu’on a envie de garder quelque part, quelle que soit la raison, sur une colonne.

Aujourd’hui, bien sûr, les twittos se sont fait à ce cœur rouge vif. Son usage se confond même avec l’ex étoile. Modifier l’image d’un usage, même en faisant grogner le peuple, c’est possible. Il suffit de laisser le temps filer, pour que la nouveauté devienne une banalité. Et d’ailleurs, il semblerait que le voyage ne soit pas fini. Twitter ne l’a pas encore confirmé, ni démenti, mais ce cœur pourrait bien se faire voler la vedette par toute une bande émoticônes. Vous ne serez plus forcé d’aimer, vous pourrez transposer votre émotion propre.

Si seulement des modes d’emplois clairs officiels (officiels, parce qu’en réalité des dizaines grouillent sur le net grâce aux merveilleux usagers connectés), existaient, cela faciliterait sans doute l’amorce complexe du site web.  Et cela éviterait cette refonte totalement explosive. À croire que l’oiseau se dit  : « puisqu’ils savent utiliser Facebook, faisons en sorte que Twitter lui ressemble, que dans leurs cœurs, Twitter soit un second Facebook, un Facebooker. »

Note : Ce n’est pas pour cela, que je vais abandonner l’oiseau bleu. J’espère encore qu’il ne fait que passer dans une zone de turbulences, qu’il n’est pas fou au point de vouloir s’effondrer sur le sol sans déployer ses ailes. Mais de manière absolument objective, son comportement m’inquiète. Quelqu’un ne voudrait-il pas lui donner un peu d’air ?

Un chercheur itinèrant vers les bancs de l’école

Lundi 12 octobre, j’ai assisté à l’intervention de Stéphane Huot*, aka @dastuf, au près d’étudiants du lycée lillois Baggio  au sujet de l’interaction Homme – machine. Il n’y est pas allé par hasard mais à l’occasion de l’initiative « Chercheurs itinérants » du centre de recherche Inria Lille dans le cadre de la Fête de la Science.

Dévoiler le monde de la recherche est vraiment important. Mais que faire lorsqu’il est difficile pour un établissement de déplacer ses étudiants sur place ? Retourner la situation, ouvrir les portes des collèges et lycées aux scientifiques en vue de partager le goût de la science à travers des travaux de recherches concrets certes, mais surtout amorcer une rencontre avec le scientifique est une solution qui peut parfois effrayer. Un contre-pied donc qui fait le pari que montrer un scientifique ailleurs, c’est ne pas le déposséder de sa crédibilité, c’est même prouver son caractère humain, au sens que le scientifique n’est pas qu’une blouse et des cheveux en batailles, mais un homme ou une femme avec une thématique de recherche (et pas que, bien sur).

Face à cette version de la Fête de la Science, deux pensées m’inondent. La première sur le vif et enfantine : Mais pourquoi n’ai-je pas eu cela dans mon cursus secondaire ? La seconde, plus posée : l’intervention est nécessairement relative à l’intervenant lui-même. Evidemment c’est une remarque très générale, mais pour captiver un tel public avec un tel domaine c’est plus qu’important. Alors quels ont été les outils de Stéphane Huot ? Un cocktail de bonnes choses : de l’humour, de l’humain, de l’explication, de la technique.

L’humour. Avec une photo de profil à la rockeur, des vidéos drôles ayant pour but de démontrer des concepts très simples, des illustrations de vie personnalisées.

L’humain. Stéphane Huot maitrisait sa présentation et donc s’adressait directement au public, sans notes intermédiaires. Un point demandant une préparation importante certes, mais le résultat n’est que nécessaire en vue d’humaniser une intervention. Impliquer, concerner, interroger, rendre le public actif, se montrer tel quel… autant de petites choses qui cassent les barrières du cours, de la conférence et déploient l’univers de la découverte passionnante.

L’explication. Avec des exemples ciblés, n’appartenant pas forcément au domaine de l’informatique, il est parvenu à expliquer des notions pas nécessairement évidentes pour des non spécialistes.

La technique. Vulgariser un savoir ce n’est en rien le simplifier, c’est simplement le rendre compréhensible en usant du vocabulaire du public. Glisser quelques mots nouveaux, c’est tenter de l’enrichir. Pas n’importe comment non, mais avec un combo virtuel d’explication, d’humain et d’humour pour créer une atmosphère propice. Et là, des formules, des termes complexes deviennent fluides entre vos neurones.

Alors, les chercheurs ont-ils leur place au sein d’établissements scolaires lors de tels événements ? Double oui. Même s’il faut emmener les étudiants sur place, les interventions extérieures sont toujours marquantes quel que soit le niveau scolaire. Je suis persuadée que vous avez un exemple en tête !

>> Merci à Stéphane Huot d’avoir accepté mon intrusion lors de sa présentation.

*directeur de recherche Inria Lille, équipe Mjolnir

Pint of Science Lille, mon nouveau challenge

Lorsque j’ai proposé d’implanter le festival international de science Pint of Science à Lille, je n’ai absolument pas réfléchi. Et pour cause, j’avais déjà passé de nombreuses heures à cogiter.

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Faites mousser la science ! © Pint of Science France

« Lille, officiellement capitale provisoire de la région, est riche de ses lieux et acteurs liés à la science. Combien de laboratoires, de centres, d’instituts de recherche ? Beaucoup. De passionnés ou curieux de science ? Beaucoup. Combien de lieux où le grand public peut approcher et dialoguer avec des scientifiques ? Trop peu.  Que faire pour contourner cela ? Comment démystifier la science ? Comment montrer aux gens que la science n’est pas si compliquée si quelqu’un vous explique et que, aux dernières nouvelles, ce n’est toujours pas criminel d’expliquer ? »

Evidemment, initier Pint of Science Lille est un véritable défi. Un challenge fou. Pint of Science est un concept qui fonctionne très bien en France et ailleurs mais prendra-t-il à Lille ? Les scientifiques, le public ou même les potentiels partenaires et sponsors, répondront-ils à notre appel ? Il est trop tôt pour répondre à ces questions. Mais j’y crois, quoi qu’il arrive, j’y crois. Et j’essaie de tout mettre en œuvre pour que cela ne soit pas qu’une croyance, mais une réalité. En effet, peu à peu, je constitue un réseau, je m’entoure de personnes merveilleuses et je me remémore l’aventure folle lancée avec ma chère Taïna Cluzeau. Finalement la seule chose qui m’effraye, c’est que vous ayez trop peur de la science pour croire en nous, pour croire que vos questions peuvent avoir des réponses, que votre curiosité peut s’émerveiller lors d’un tel événement. Renverser cette image est plus qu’une motivation, c’est un moteur assez puissant pour faire dévaler une Formule 1 ou éclairer quelques champs de connaissances inaccessibles. Alors, vous êtes partant pour croire à l’association Lille + partage de culture scientifique ?

Si vous l’êtes, vous pouvez bien sur suivre l’événement sur les réseaux sociaux. Mais vous pouvez aussi et surtout nous aider dès à présent : l’équipe Pint of Science Lille se veut au plus proche de sa ville d’accueil, de son public. Voilà pourquoi nous vous proposons de nous faire part de vos thématiques scientifiques préférées à travers deux petites questions :

Mille mercis à vous, n’hésitez pas à nous contacter (pintofsciencelille@gmail.com) si vous avez des questions, si vous voulez nous aider…

Fouilles sanguines à la recherche des animaux cachés

Les interviews de scientifiques foisonnent d’anecdotes, de méthodes et de faits en tout genre. Au lieu de laisser l’une des ingénieuses méthodes voguer simplement entre mes neurones, j’ai décidé de partager mes notes. Pour information, la réflexion ci-dessous répond initialement à la question : comment répertorier l’ensemble des espèces animales réparties sur la planète ? Par contre, pour les questions telles que Qui fait ça? Où? Avec quel comme matos? Il faudra attendre un éventuel nouvel épisode ou alors aller fouiller les profondeurs du web !

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Voyage sensationnel

Les sujets fusent. Le monde court. Les mots s’envolent. Et moi, et moi je perds le fil des choses. Si seulement nulle règle ne m’obligeait à rythmer avec l’actualité ou la société. C’est un délice de partager la fraîcheur issue des labos. Mais les explorations sont plus belles lorsqu’elles ne s’accrochent pas au temps. Je ne comprends pas cette envie perpétuelle de caler les choses sur la bande temporelle. Certaines ne s’arrêtent jamais, alors pourquoi devoir attendre une excuse pour en parler ? Parmi la jungle des sujets, les idées s’entremêlent.  Le journalisme c’est l’écriture complexée par des faits scotchés à l’agenda. Et si, la voiture s’arrêtait au feu rouge ? Et si, votre expédition parmi les pingouins se figeait dans la banquise ? Doucement les yeux s’ouvrent.

La vie est là. Sentez la douceur du monde. Ecoutez les vagues d’air s’engouffrer dans les arbres. Le ciel est si bleu aujourd’hui que si j’avais un maillot de bain à nuages j’irais y nager quelques brasses. Chaque respiration est une ode à la vie. Chaque sensation est la conséquence de mon humanité. Humaine. Je me sens humaine.

Sans doute suis-je plus évoluée que les Hommes d’autrefois. Eux n’avaient pas de technologies à portée de main ni dans les bras. Ils avaient l’espoir que le soleil, cette puissante lumière, revienne demain. Que la cueillette soit généreuse, que la proie ne court pas trop vite et que la Terre ne bouscule pas leurs vies avec des tremblements de colère ou des jets de lumière mortels. J’imagine que l’un d’eux me fait face. Comment savoir réellement ce qu’ils pensaient ? Absurdité. Ils auraient sans doute peur de moi. Ils ne comprendraient pas. En plusieurs millénaires, l’évolution a transformé l’homme. Mais, contrairement à l’évolution que certains désirent pour demain, celle-ci a maintenu notre caractéristique première : l’humain, en tant que individu, est de passage sur Terre.  La vie qui habite mes veines est éphémère. Que serais-je sans elle ? L’oublierais-je? Ou serais-je plongée dans un autre corps ? Une cicatrice sur l’épaule me donne envie de croire à la deuxième chance et me replonge dans la valse du monde.

Et d’ailleurs, pourquoi les sensations n’ont pas de place dans ce monde ? Pourquoi ne pas vouloir être formaté par le système c’est être diffèrent ? C’est ne pas rentrer dans les cases des formulaires ? Pourquoi l’Homme d’aujourd’hui doit se spécialiser, être une chose et pas deux ? Pourquoi le monde s’étonne de voir qu’une personne possède diverses compétences dans divers domaines ?  Voyons, voyons, un doctorant ça ne sait pas chanter. Un ouvrier n’est pas créatif. Un comptable ne sait pas changer une roue de voiture. Et moi, je suis une journaliste scientifique qui vit au rythme de l’actualité sans jamais dévier ma plume et regarder la vie s’échapper du monde.

Par chance, certaines zones de ce monde préfèrent prendre le temps de vivre les choses, de concocter des merveilles plutôt que de courir après ce temps. Quel soulagement de savoir, que quelque part, peut-être dans mon champ de vision actuel, je peux rester moi-même et continuer de croire que les petites sensations fondent les grandes inspirations de demain.

Dose animale de science

Voici une dose de science en trois news. Parce que les petites choses font parfois les grandes choses.

1/ Nouveau regard sur la toile

Des chercheurs du MIT s’intéressent à l’architecture de vos toiles. Ils aimeraient adapter le design de chaque conception bioinspirée à base de soie en fonction de l’usage. Qu’en pensez-vous ?

Madame Araignée – «  Enfin ! Jusque-là, ils ne comprenaient pas que mon talent n’est pas simplement de produire un bout de fil merveilleux. Si mes toiles perdurent et demeurent fonctionnelles à travers le temps, c’est parce qu’il faut considérer l’ensemble des paramètres. La taille de la toile, le nombre de fils, leurs épaisseurs, leurs longueurs, leurs dispositions… ce n’est pas la même chose si la bête à capturer est une pauvre mouche ou un frelon ! J’ai eu un milliard d’années pour me perfectionner, je sais de quoi je parle. Alors les voir avec leurs machines optimiser la production de toiles synthétiques, cela me fait bien rire !  »

2/ Le Spinosaurus, un adversaire de taille pour le T-Rex

Le spinosaure, roi des dinos carnivores ?
Le spinosaure, roi des dinos carnivores ?

Quel crâneur ce spinosaure ! Depuis qu’un fragment de crâne a démontré que ce carnivore serait plus long de 3 m que le T-Rex, – son adversaire dans le film Jurassik Park 3 qui mesure 14 m –, Spinosaurus pavane dans les musées en tant que plus grand prédateur des temps anciens. Mais en dehors de ses intrigantes épines dorsales et de son impressionnante mâchoire, le spinosaure n’aurait pas une allure de carnivore. En effet, le paléontologue Nazir Ibrahim a étudié la marche de celui-ci grâce aux squelettes retrouvés de l’espèce. Résultat, le plus grand prédateur des dinosaures se déplacerait à quatre pattes à la manière d’un crocodile. De quoi renverser le mythe des carnivores debout sur leurs pattes arrière. Et cela ne s’arrête pas là, le spinosaure ne se nourrissait pas de poissons en les attrapant avec sa patte tel un ours mais bel et bien en piquant une tête dans les rivières. Mi-aquatique, mi-terrestre, le spinosaure bouscule les connaissances actuelles dictant des dinosaures exclusivement terrestres. Alors Spinosaurus, t’es vraiment plus fort ou tu veux juste défier le T-Rex ?

3/ Vision sur-mesure pour la chauve-souris

« Tu as repéré quelque chose à manger ? », demande une pipistrelle à sa congénère chauve-souris. « Attends j’essaye de zoomer… », répond t-elle. En pleine nuit, l’ingénieur Pavel Kounitsky et ses collaborateurs observent les chauves-souris sauvages à l’approche d’un tunnel. Celles-ci émettent des séries d’ondes non audibles pour l’homme, des ultrasons. L’écho produit leur permet de localiser avec précision obstacles et proies. Munis de caméras hautes vitesses et de microphones à ultrasons, les scientifiques enregistrent et analysent les ondes de ces mammifères. En fonction de ce qu’elles veulent ‘voir’, les chauves-souris ajustent la forme et la durée des pulsations. Cette liberté est due à leur capacité de modifier la forme de l’orifice émetteur des ondes, leur bouche. Et ce, en même pas douze millisecondes ! Ainsi lorsqu’elles ne perçoivent pas quelque chose – ou lorsqu’elles approchent une zone confinée, comme l’entrée d’un tunnel –, elles concentrent toute leur énergie et ‘zoome’ en ouvrant davantage leur bouche. Au contraire, elles peuvent aussi disperser les ondes et percevoir un champ plus large. Très rapidement leur sonar naturel s’adapte quelle que soit la situation. De quoi rester bouche bée !

Sources : Qin et al. Science (2015) // Ibrahim et al., Science (2014) 345 (6204): 16131616// P Kounitsky et al. (2015) PNAS doi:10.1073/pnas.1422843112