Twitter devient Facebooker, et ça fait mal au cœur

En 18 mois, l’oiseau bleu Twitter a virevolté à cause des décisions concernant directement le réseau social et aussi suite aux turbulences financières et hiérarchiques qu’il subit. Face à tant d’instabilité, il y a comme un vent de panique qui souffle « changez de cap et accrochez-vous à quelque chose de solide ! ». Au loin, sa ligne de mire à des airs de Facebook, mais ça, ça reste des gazouillis, pas des déclarations publiques.

Ça a commencé par votre tête, ou du moins votre profil. En avril 2014, Twitter l’a remanié en profondeur. Au départ, seuls certains utilisateurs se sont vus proposés la nouvelle disposition. Photo de profil surmontant une bio, bannière par-dessus. Puis tous y ont eu accès. Cette modification, en dehors du fait qu’elle est le miroir de Facebook, est plutôt bien tolérée puisque plus intuitive, plus design. D’autant plus qu’elle est accompagnée de l’outil « Épingler un tweet », accessible depuis les paramètres propres d’un tweet, qui permet d’accrocher virtuellement un post en haut du profil. Pratique !

Sur le forum développeur de Twitter en avril 2015, un certain Agarwaf du staff de l’oiseau bleu annonce que la vague de changement va atteindre les messages privés. Deux modifications majeures : faire filer la limite des 140 caractères à 10 000 (pour permettre des messages plus longs en privé) et enlever la clause de réciprocité nécessaire pour s’envoyer de tels messages. Enfin, la clause ne disparait pas totalement, elle reste effective par défaut, il y a simplement désormais un paramètre permettant de choisir les expéditeurs des DM : avec suivi mutuel obligatoire ou non. Autre note importante de Agarwaf « les tweets continueront d’être les 140 caractères qu’ils sont aujourd’hui ». C’était sans compter le retour de Jack Dorsey sur le trône fin septembre dernier. Le co-fondateur serait, en effet, favorable à la suppression de cette contrainte.  L’explication ? À la base, le site web a été conçu comme un service de micro-blogging, de SMS. Aujourd’hui, l’utilisateur peut publier des tweets nettement plus longs que les 140 caractères annoncés, grâce à des liens (raccourcis automatiquement à 10 caractères), des Twitter cards (ces fameux médias que l’on ajoute au tweet), à la fonction citer, ou même une photo avec du texte. Il y a de nouvelles règles, de nouvelles pensées étranges, pour ne pas dire absurdes : tweeter la photo d’un texte, c’est normalement rajouter autant de caractères que contient le texte, c’est détourner la limite. Sauf que non, tweeter une photo, c’est tweeter une photo. Pas de détournement. C’est juste l’usage d’un outil.

Quelle que soit la prolongation désirée, ce sont toujours des tweets de 140 caractères. Mais alors pourquoi vouloir faire exploser la base même de Twitter ? Pour tenter d’attirer de nouveaux utilisateurs. Voilà la galère actuelle de l’oiseau : séduire, encore et toujours. S’il est bien de se remettre en question et de tenter de comprendre ce qu’il ne va pas, aller voir ce qu’il se fait ailleurs et détruire sa propre identité au passage ne mérite pas une médaille. Loin de là.

Et pourtant récemment, en novembre 2015, patatra, tout s’effondre. Après la tentative de rendre populaire les sondages, voilà que des « j’aime » remplacent les favoris. Bas les étoiles, haut les cœurs. Un joli design explique que derrière le cœur se cache plein de choses, autant que derrière l’étoile. Que c’est un symbole, qu’ainsi les nouveaux utilisateurs comprendront mieux. Justement l’étoile n’était pas autant un symbole que le cœur. Elle, à mon avis, était nettement plus adaptée à ce genre de comportement. Favoriser un tweet ne voulait pas nécessairement dire « j’aime », à la Facebook, mais tellement de choses. Sans oublier l’usage originel de maintenir un tweet en mémoire dans une colonne dédiée. Trop de confusion possible, gazouille l’oiseau. Et les collections Tweetdeck, c’est du poulet bleu ? Pour rappel, elles permettent d’accrocher un tweet, qu’on a envie de garder quelque part, quelle que soit la raison, sur une colonne.

Aujourd’hui, bien sûr, les twittos se sont fait à ce cœur rouge vif. Son usage se confond même avec l’ex étoile. Modifier l’image d’un usage, même en faisant grogner le peuple, c’est possible. Il suffit de laisser le temps filer, pour que la nouveauté devienne une banalité. Et d’ailleurs, il semblerait que le voyage ne soit pas fini. Twitter ne l’a pas encore confirmé, ni démenti, mais ce cœur pourrait bien se faire voler la vedette par toute une bande émoticônes. Vous ne serez plus forcé d’aimer, vous pourrez transposer votre émotion propre.

Si seulement des modes d’emplois clairs officiels (officiels, parce qu’en réalité des dizaines grouillent sur le net grâce aux merveilleux usagers connectés), existaient, cela faciliterait sans doute l’amorce complexe du site web.  Et cela éviterait cette refonte totalement explosive. À croire que l’oiseau se dit  : « puisqu’ils savent utiliser Facebook, faisons en sorte que Twitter lui ressemble, que dans leurs cœurs, Twitter soit un second Facebook, un Facebooker. »

Note : Ce n’est pas pour cela, que je vais abandonner l’oiseau bleu. J’espère encore qu’il ne fait que passer dans une zone de turbulences, qu’il n’est pas fou au point de vouloir s’effondrer sur le sol sans déployer ses ailes. Mais de manière absolument objective, son comportement m’inquiète. Quelqu’un ne voudrait-il pas lui donner un peu d’air ?

Un chercheur itinèrant vers les bancs de l’école

Lundi 12 octobre, j’ai assisté à l’intervention de Stéphane Huot*, aka @dastuf, au près d’étudiants du lycée lillois Baggio  au sujet de l’interaction Homme – machine. Il n’y est pas allé par hasard mais à l’occasion de l’initiative « Chercheurs itinérants » du centre de recherche Inria Lille dans le cadre de la Fête de la Science.

Dévoiler le monde de la recherche est vraiment important. Mais que faire lorsqu’il est difficile pour un établissement de déplacer ses étudiants sur place ? Retourner la situation, ouvrir les portes des collèges et lycées aux scientifiques en vue de partager le goût de la science à travers des travaux de recherches concrets certes, mais surtout amorcer une rencontre avec le scientifique est une solution qui peut parfois effrayer. Un contre-pied donc qui fait le pari que montrer un scientifique ailleurs, c’est ne pas le déposséder de sa crédibilité, c’est même prouver son caractère humain, au sens que le scientifique n’est pas qu’une blouse et des cheveux en batailles, mais un homme ou une femme avec une thématique de recherche (et pas que, bien sur).

Face à cette version de la Fête de la Science, deux pensées m’inondent. La première sur le vif et enfantine : Mais pourquoi n’ai-je pas eu cela dans mon cursus secondaire ? La seconde, plus posée : l’intervention est nécessairement relative à l’intervenant lui-même. Evidemment c’est une remarque très générale, mais pour captiver un tel public avec un tel domaine c’est plus qu’important. Alors quels ont été les outils de Stéphane Huot ? Un cocktail de bonnes choses : de l’humour, de l’humain, de l’explication, de la technique.

L’humour. Avec une photo de profil à la rockeur, des vidéos drôles ayant pour but de démontrer des concepts très simples, des illustrations de vie personnalisées.

L’humain. Stéphane Huot maitrisait sa présentation et donc s’adressait directement au public, sans notes intermédiaires. Un point demandant une préparation importante certes, mais le résultat n’est que nécessaire en vue d’humaniser une intervention. Impliquer, concerner, interroger, rendre le public actif, se montrer tel quel… autant de petites choses qui cassent les barrières du cours, de la conférence et déploient l’univers de la découverte passionnante.

L’explication. Avec des exemples ciblés, n’appartenant pas forcément au domaine de l’informatique, il est parvenu à expliquer des notions pas nécessairement évidentes pour des non spécialistes.

La technique. Vulgariser un savoir ce n’est en rien le simplifier, c’est simplement le rendre compréhensible en usant du vocabulaire du public. Glisser quelques mots nouveaux, c’est tenter de l’enrichir. Pas n’importe comment non, mais avec un combo virtuel d’explication, d’humain et d’humour pour créer une atmosphère propice. Et là, des formules, des termes complexes deviennent fluides entre vos neurones.

Alors, les chercheurs ont-ils leur place au sein d’établissements scolaires lors de tels événements ? Double oui. Même s’il faut emmener les étudiants sur place, les interventions extérieures sont toujours marquantes quel que soit le niveau scolaire. Je suis persuadée que vous avez un exemple en tête !

>> Merci à Stéphane Huot d’avoir accepté mon intrusion lors de sa présentation.

*directeur de recherche Inria Lille, équipe Mjolnir

Pint of Science Lille, mon nouveau challenge

Lorsque j’ai proposé d’implanter le festival international de science Pint of Science à Lille, je n’ai absolument pas réfléchi. Et pour cause, j’avais déjà passé de nombreuses heures à cogiter.

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Faites mousser la science ! © Pint of Science France

« Lille, officiellement capitale provisoire de la région, est riche de ses lieux et acteurs liés à la science. Combien de laboratoires, de centres, d’instituts de recherche ? Beaucoup. De passionnés ou curieux de science ? Beaucoup. Combien de lieux où le grand public peut approcher et dialoguer avec des scientifiques ? Trop peu.  Que faire pour contourner cela ? Comment démystifier la science ? Comment montrer aux gens que la science n’est pas si compliquée si quelqu’un vous explique et que, aux dernières nouvelles, ce n’est toujours pas criminel d’expliquer ? »

Evidemment, initier Pint of Science Lille est un véritable défi. Un challenge fou. Pint of Science est un concept qui fonctionne très bien en France et ailleurs mais prendra-t-il à Lille ? Les scientifiques, le public ou même les potentiels partenaires et sponsors, répondront-ils à notre appel ? Il est trop tôt pour répondre à ces questions. Mais j’y crois, quoi qu’il arrive, j’y crois. Et j’essaie de tout mettre en œuvre pour que cela ne soit pas qu’une croyance, mais une réalité. En effet, peu à peu, je constitue un réseau, je m’entoure de personnes merveilleuses et je me remémore l’aventure folle lancée avec ma chère Taïna Cluzeau. Finalement la seule chose qui m’effraye, c’est que vous ayez trop peur de la science pour croire en nous, pour croire que vos questions peuvent avoir des réponses, que votre curiosité peut s’émerveiller lors d’un tel événement. Renverser cette image est plus qu’une motivation, c’est un moteur assez puissant pour faire dévaler une Formule 1 ou éclairer quelques champs de connaissances inaccessibles. Alors, vous êtes partant pour croire à l’association Lille + partage de culture scientifique ?

Si vous l’êtes, vous pouvez bien sur suivre l’événement sur les réseaux sociaux. Mais vous pouvez aussi et surtout nous aider dès à présent : l’équipe Pint of Science Lille se veut au plus proche de sa ville d’accueil, de son public. Voilà pourquoi nous vous proposons de nous faire part de vos thématiques scientifiques préférées à travers deux petites questions :

Mille mercis à vous, n’hésitez pas à nous contacter (pintofsciencelille@gmail.com) si vous avez des questions, si vous voulez nous aider…

Fouilles sanguines à la recherche des animaux cachés

Les interviews de scientifiques foisonnent d’anecdotes, de méthodes et de faits en tout genre. Au lieu de laisser l’une des ingénieuses méthodes voguer simplement entre mes neurones, j’ai décidé de partager mes notes. Pour information, la réflexion ci-dessous répond initialement à la question : comment répertorier l’ensemble des espèces animales réparties sur la planète ? Par contre, pour les questions telles que Qui fait ça? Où? Avec quel comme matos? Il faudra attendre un éventuel nouvel épisode ou alors aller fouiller les profondeurs du web !

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Voyage sensationnel

Les sujets fusent. Le monde court. Les mots s’envolent. Et moi, et moi je perds le fil des choses. Si seulement nulle règle ne m’obligeait à rythmer avec l’actualité ou la société. C’est un délice de partager la fraîcheur issue des labos. Mais les explorations sont plus belles lorsqu’elles ne s’accrochent pas au temps. Je ne comprends pas cette envie perpétuelle de caler les choses sur la bande temporelle. Certaines ne s’arrêtent jamais, alors pourquoi devoir attendre une excuse pour en parler ? Parmi la jungle des sujets, les idées s’entremêlent.  Le journalisme c’est l’écriture complexée par des faits scotchés à l’agenda. Et si, la voiture s’arrêtait au feu rouge ? Et si, votre expédition parmi les pingouins se figeait dans la banquise ? Doucement les yeux s’ouvrent.

La vie est là. Sentez la douceur du monde. Ecoutez les vagues d’air s’engouffrer dans les arbres. Le ciel est si bleu aujourd’hui que si j’avais un maillot de bain à nuages j’irais y nager quelques brasses. Chaque respiration est une ode à la vie. Chaque sensation est la conséquence de mon humanité. Humaine. Je me sens humaine.

Sans doute suis-je plus évoluée que les Hommes d’autrefois. Eux n’avaient pas de technologies à portée de main ni dans les bras. Ils avaient l’espoir que le soleil, cette puissante lumière, revienne demain. Que la cueillette soit généreuse, que la proie ne court pas trop vite et que la Terre ne bouscule pas leurs vies avec des tremblements de colère ou des jets de lumière mortels. J’imagine que l’un d’eux me fait face. Comment savoir réellement ce qu’ils pensaient ? Absurdité. Ils auraient sans doute peur de moi. Ils ne comprendraient pas. En plusieurs millénaires, l’évolution a transformé l’homme. Mais, contrairement à l’évolution que certains désirent pour demain, celle-ci a maintenu notre caractéristique première : l’humain, en tant que individu, est de passage sur Terre.  La vie qui habite mes veines est éphémère. Que serais-je sans elle ? L’oublierais-je? Ou serais-je plongée dans un autre corps ? Une cicatrice sur l’épaule me donne envie de croire à la deuxième chance et me replonge dans la valse du monde.

Et d’ailleurs, pourquoi les sensations n’ont pas de place dans ce monde ? Pourquoi ne pas vouloir être formaté par le système c’est être diffèrent ? C’est ne pas rentrer dans les cases des formulaires ? Pourquoi l’Homme d’aujourd’hui doit se spécialiser, être une chose et pas deux ? Pourquoi le monde s’étonne de voir qu’une personne possède diverses compétences dans divers domaines ?  Voyons, voyons, un doctorant ça ne sait pas chanter. Un ouvrier n’est pas créatif. Un comptable ne sait pas changer une roue de voiture. Et moi, je suis une journaliste scientifique qui vit au rythme de l’actualité sans jamais dévier ma plume et regarder la vie s’échapper du monde.

Par chance, certaines zones de ce monde préfèrent prendre le temps de vivre les choses, de concocter des merveilles plutôt que de courir après ce temps. Quel soulagement de savoir, que quelque part, peut-être dans mon champ de vision actuel, je peux rester moi-même et continuer de croire que les petites sensations fondent les grandes inspirations de demain.

Dose animale de science

Voici une dose de science en trois news. Parce que les petites choses font parfois les grandes choses.

1/ Nouveau regard sur la toile

Des chercheurs du MIT s’intéressent à l’architecture de vos toiles. Ils aimeraient adapter le design de chaque conception bioinspirée à base de soie en fonction de l’usage. Qu’en pensez-vous ?

Madame Araignée – «  Enfin ! Jusque-là, ils ne comprenaient pas que mon talent n’est pas simplement de produire un bout de fil merveilleux. Si mes toiles perdurent et demeurent fonctionnelles à travers le temps, c’est parce qu’il faut considérer l’ensemble des paramètres. La taille de la toile, le nombre de fils, leurs épaisseurs, leurs longueurs, leurs dispositions… ce n’est pas la même chose si la bête à capturer est une pauvre mouche ou un frelon ! J’ai eu un milliard d’années pour me perfectionner, je sais de quoi je parle. Alors les voir avec leurs machines optimiser la production de toiles synthétiques, cela me fait bien rire !  »

2/ Le Spinosaurus, un adversaire de taille pour le T-Rex

Le spinosaure, roi des dinos carnivores ?
Le spinosaure, roi des dinos carnivores ?

Quel crâneur ce spinosaure ! Depuis qu’un fragment de crâne a démontré que ce carnivore serait plus long de 3 m que le T-Rex, – son adversaire dans le film Jurassik Park 3 qui mesure 14 m –, Spinosaurus pavane dans les musées en tant que plus grand prédateur des temps anciens. Mais en dehors de ses intrigantes épines dorsales et de son impressionnante mâchoire, le spinosaure n’aurait pas une allure de carnivore. En effet, le paléontologue Nazir Ibrahim a étudié la marche de celui-ci grâce aux squelettes retrouvés de l’espèce. Résultat, le plus grand prédateur des dinosaures se déplacerait à quatre pattes à la manière d’un crocodile. De quoi renverser le mythe des carnivores debout sur leurs pattes arrière. Et cela ne s’arrête pas là, le spinosaure ne se nourrissait pas de poissons en les attrapant avec sa patte tel un ours mais bel et bien en piquant une tête dans les rivières. Mi-aquatique, mi-terrestre, le spinosaure bouscule les connaissances actuelles dictant des dinosaures exclusivement terrestres. Alors Spinosaurus, t’es vraiment plus fort ou tu veux juste défier le T-Rex ?

3/ Vision sur-mesure pour la chauve-souris

« Tu as repéré quelque chose à manger ? », demande une pipistrelle à sa congénère chauve-souris. « Attends j’essaye de zoomer… », répond t-elle. En pleine nuit, l’ingénieur Pavel Kounitsky et ses collaborateurs observent les chauves-souris sauvages à l’approche d’un tunnel. Celles-ci émettent des séries d’ondes non audibles pour l’homme, des ultrasons. L’écho produit leur permet de localiser avec précision obstacles et proies. Munis de caméras hautes vitesses et de microphones à ultrasons, les scientifiques enregistrent et analysent les ondes de ces mammifères. En fonction de ce qu’elles veulent ‘voir’, les chauves-souris ajustent la forme et la durée des pulsations. Cette liberté est due à leur capacité de modifier la forme de l’orifice émetteur des ondes, leur bouche. Et ce, en même pas douze millisecondes ! Ainsi lorsqu’elles ne perçoivent pas quelque chose – ou lorsqu’elles approchent une zone confinée, comme l’entrée d’un tunnel –, elles concentrent toute leur énergie et ‘zoome’ en ouvrant davantage leur bouche. Au contraire, elles peuvent aussi disperser les ondes et percevoir un champ plus large. Très rapidement leur sonar naturel s’adapte quelle que soit la situation. De quoi rester bouche bée !

Sources : Qin et al. Science (2015) // Ibrahim et al., Science (2014) 345 (6204): 16131616// P Kounitsky et al. (2015) PNAS doi:10.1073/pnas.1422843112 

Théorie de la saucisse, curiosités & culture de science

Au détour d’un One science man show, Fabrice Riblet du Jardin expérimental a attiré ma curiosité. Cet homme débordant d’idées et d’enthousiasme façonne autour de lui un monde inédit de vulgarisation. Chacune de ses expériences se fonde sur un phénomène du quotidien en vue de doucement vous amener à penser que « c’est incroyable de pouvoir comprendre » !

One science man show avec Fabrice Riblet, Cité des Sciences, mars 2014 © NJoly
One science man show avec Fabrice Riblet, Cité des Sciences, Paris, mars 2014 © NJoly

 « Vous saviez qu’une patate, ça déforme l’univers ? », lance un homme cheveux en bataille, en blouse blanche. L’univers, ce drap noir tendu par des visiteurs de la Cité des sciences et de l’industrie à Paris, prend la forme d’une cuvette lorsqu’une pomme de terre est jetée à sa surface. « Tout à l’heure, le drap était tendu, l’univers était plan, la bille se déplaçait en ligne droite. Et là, à cause de la patate, les choses changent. Si la bille se déplace assez vite sur l’univers, elle échappera à l’influence de la patate. Mais si je la lance tout doucement dessus, elle sera attirée vers la déformation patatoïde. » Après quelques nouvelles explications, les assistants d’un jour rangent le drap. « Vous avez vu, à l’origine le drap était bien plié, là il est tout en désordre. L’univers aime le désordre. » Alors que le médiateur s’empare de collants pour créer un trou noir, je ne peux que relever sa maîtrise de la vulgarisation. Je suis curieuse de connaître sa vision des choses sur le sujet. Mais pas maintenant, non, là, trop de monde admire des éruptions solaires dans un bécher.

Quelques jours plus tard, le monsieur aux expériences magiques et fascinantes acquiert une identité précise. Il s’appelle Fabrice Riblet. Il est cofondateur avec son épouse Édith Muller, du Jardin expérimental, sous-titré culture des sciences. Le jeu de mots entre jardin et culture m’amuse. Comme pour les plantes, il faut du temps pour qu’une idée prenne place et s’épanouisse auprès des spectateurs. Depuis 2008, le Jardin est sans filet. Les époux gèrent seuls leurs activités et s’adaptent aux demandes. « Imaginez qu’on décide de planter des petits pois. Et puis un jour quelqu’un nous demande des ananas. Sauf que ça ne pousse pas ici. Alors on instaure un système avec des serres pour les ananas. Et les petits pois, on en fait quoi? On les garde dans un tiroir en attendant », image Fabrice Riblet. Au total, le Jardin cumule 60 projets et autres prestations animées par la transmission d’un savoir.

« La curiosité, l’interrogation infantile », voilà les moteurs du professionnel de la médiation scientifique. « Beaucoup de personnes schématisent ou vivent avec des aberrations. C’est une évidence, les gens ne voient plus les choses. Comme le fait de dire que les flamants roses sont roses parce qu’ils mangent des crevettes… grises. Oui bien sûr c’est dû aux crevettes, mais qui sait qu’une transformation des crevettes dans leur estomac, un peu comme ce qui se passe lors de la cuisson des crevettes, en est la cause ? Il manque souvent le mot juste dans les explications…»

Je ne suis pas un flamant gris. #Confession  © NJoly
Je ne suis pas un flamant gris. #Confession © NJoly

Et pourtant, aucune censure n’existe. Le monde aujourd’hui ne manque pas d’informations. Au contraire, elles débarquent dans votre vie, comme ça, sans vraiment vous demander, par le biais de la télévision, d’affiches, de prêcheurs de bonne parole ou de pop-up sur votre écran. La médiation scientifique est différente. Selon Fabrice Riblet, elle se fonde sur la théorie de la saucisse. Là, les théoriciens s’affolent. Qu’est-ce que c’est que cette théorie ? C’est répondre à la question : pourquoi acheter de la saucisse à un salon gastronomique ? « Parce que lorsque vous venez de vous-même devant un stand, vous y êtes confronté. On vous met un bout de saucisse dans la bouche : la démarche est intrusive. Mais c’est là que vous vous rendez compte de la deuxième partie de la théorie : la saucisse est bonne », explique Fabrice Riblet. Et si, vous aimez, c’est parce qu’il s’agit d’un produit de bonne qualité… et simple. « Si vous dites que votre saucisse est agrémentée de piment d’Espelette, de soja avec un soupçon d’origan, ça ne marchera pas. Et puis en troisième partie, il faut quelqu’un pour raconter une histoire autour du sujet. La saucisse est produite avec la chair de mes cochons élevés avec amour, avec du bon foin que l’oncle a coupé l’été dernier. »

Et ça fait mouche. Le public est touché. Mais est-ce que tout le monde peut comprendre ? « Tous les hommes ont un domaine d’excellence, on a tous des compétences magnifiques et d’autres qu’il faut faire progresser. Moi, par exemple, je ne sais pas tailler une haie. Si je le fais, ça sera plutôt assimilable à de l’art qu’autre chose », rit Fabrice Riblet. « Pour que les gens comprennent absolument tout, il y a deux possibilités. Soit on les envoie sur les bancs de la fac pendant huit ans fois 40, c’est-à-dire trois siècles – on estime que pour tout connaître sur tout, il faudrait être expert dans 40 domaines différents. Soit on transforme le langage complexe en langage du quotidien ». Et par là, il veut dire utiliser des images pour illustrer des modèles scientifiques. « Attention, l’image ne doit pas être trop proche de la réalité, sinon il y a aura un amalgame entre les deux. Le public doit constater les limites de l’image. » Pour donner la notion d’atome, il dégaine une plaque de chocolat qu’il découpe en morceaux jusqu’à ne plus pouvoir. Il ne se préoccupe pas des histoires de protons, neutrons ou de Mendeleïev. « On doit mettre des limites dans ce que l’on va dire et bien définir le lexique qu’on utilise. »  Autrement dit, il faut s’assurer que le public s’arrête sur les mêmes définitions. « Si je parle de vide à des étudiants, ils peuvent penser au vide d’une bouteille, au vide lié au vertige ou d’autres concepts alors que je pense au vide cosmique ! Ce n’est pas criminel d’expliquer de quoi on parle. »

Contournement d’aberration à la mode d’Andy Wharol © NJoly
Contournement d’aberration à la mode d’Andy Wharol © NJoly

 Quoi qu’il en soit, « le Jardin expérimental ne fonctionne comme personne. Regarder ce que font les autres, c’est risquer d’être influencé. » Bien sûr, Fabrice Riblet glane au fil des rencontres de nouvelles graines à faire pousser dans son jardin. Avec un peu de « flotte, de savon et de chou rouge », il sort des chemins battus sans imposer un regard particulier. Le cultivateur de science semble heureux. Des questions foisonnent, des solutions fleurissent. Ce ne sont pas des tours de magie avec de grands sorts et pleins d’étincelles, non. Simplement un phénomène du quotidien qui se révèle à vous. Voilà le secret : fournir des faits et donner le pouvoir de comprendre, redonner confiance à l’humain qu’il peut faire de grandes choses et aimer la science sans même s’en rendre compte.

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Partez pas si vite ! Pour une promenade dans le Jardin expérimental, cliquez sur l’escargot.

La magie de la vulgarisation

Un constat simple : le public ne peut avoir accès à l’ensemble des articles scientifiques. Il ne peut tout comprendre.

Si je pense cela, c’est aussi et surtout parce que moi-même je me suis heurté à ce problème. Des articles que j’ai du relire pour comprendre, ou pas d’ailleurs. Alors que faire ? Admettre qu’on ne peut pas tout lire ? Voilà qu’un article parait dans un magazine pour enfants. « J’ai tout compris cette fois. » Et pourtant le contenu n’est pas si simple. Certes le texte est vulgarisé mais du vocabulaire scientifique persiste.

 

Là, une question simple : finalement c’est quoi la vulgarisation? La communauté Twitter m’apporte ses avis.

Entre certitudes et flous, cette discussion me dirige vers une conclusion : si tout le monde comprend le concept de vulgarisation, tout le monde ne la définit pas de la même manière. Pourquoi ? Le principal facteur semble être la profession de chacun. Chercheurs, médiateurs, professeurs, journalistes, tous sont influencés par leur travail et leur quotidien. La partie la plus intéressante de cette discussion fut finalement lorsqu’elle dévia du monde connecté. En effet, des proches, assimilables au grand public, me parlèrent de vulgarisation.

Et c’est là que j’ai compris.

Ne posons pas de lapin au monde © NJoly
Ne posons pas de lapin au monde © NJoly

Si certains perçoivent la vulgarisation comme un émerveillement ou un moyen de susciter l’envie de découvrir la science, c’est quelque part parce que la vulgarisation est un peu comme les ficelles d’un tour de magie. Le magicien connaît les tours, certains les devinent. L’important n’est pas de révéler ce qu’il se passe en amont, c’est le résultat final.

Si la définition de la vulgarisation n’est pas si évidente pour tous, c’est parce que tous n’exécutent pas ces tours de magie et que ceux qui le font, ne le font pas avec les mêmes ficelles. Seul un esprit de transmission d’une information compréhensible persiste à chaque tour.

Quant à la médiation, je dirais, si on reprend l’image du magicien, qu’elle est la représentation en elle-même d’un tour de magie. Ce que j’aime dans cette image c’est que le public peut participer à un tour de magie, il peut être impliqué comme dans une médiation.

Suite à cette réflexion, j’aimerais partager de nouvelles choses sur ce blog. Ou du moins proposer un regard différent, ne pas tomber dans le sensationnel, ne pas tomber dans l’information classique. L’idée initiale était d’introduire la vulgarisation dans une présentation dynamique, avec Prezi. Mais que présenter ? Et est-ce vraiment nécessaire de poser les ficelles des tours de magie dans une animation ? Je ne suis pas convaincue. Je cherche encore et toujours une réponse à « doit-on vraiment parler de la vulgarisation en elle-même? »

Quoi qu’il en soit il faut continuer à vulgariser, à partager la recherche ainsi que la science au public, quelque soit son niveau.