Voyage sensationnel

Les sujets fusent. Le monde court. Les mots s’envolent. Et moi, et moi je perds le fil des choses. Si seulement nulle règle ne m’obligeait à rythmer avec l’actualité ou la société. C’est un délice de partager la fraîcheur issue des labos. Mais les explorations sont plus belles lorsqu’elles ne s’accrochent pas au temps. Je ne comprends pas cette envie perpétuelle de caler les choses sur la bande temporelle. Certaines ne s’arrêtent jamais, alors pourquoi devoir attendre une excuse pour en parler ? Parmi la jungle des sujets, les idées s’entremêlent.  Le journalisme c’est l’écriture complexée par des faits scotchés à l’agenda. Et si, la voiture s’arrêtait au feu rouge ? Et si, votre expédition parmi les pingouins se figeait dans la banquise ? Doucement les yeux s’ouvrent.

La vie est là. Sentez la douceur du monde. Ecoutez les vagues d’air s’engouffrer dans les arbres. Le ciel est si bleu aujourd’hui que si j’avais un maillot de bain à nuages j’irais y nager quelques brasses. Chaque respiration est une ode à la vie. Chaque sensation est la conséquence de mon humanité. Humaine. Je me sens humaine.

Sans doute suis-je plus évoluée que les Hommes d’autrefois. Eux n’avaient pas de technologies à portée de main ni dans les bras. Ils avaient l’espoir que le soleil, cette puissante lumière, revienne demain. Que la cueillette soit généreuse, que la proie ne court pas trop vite et que la Terre ne bouscule pas leurs vies avec des tremblements de colère ou des jets de lumière mortels. J’imagine que l’un d’eux me fait face. Comment savoir réellement ce qu’ils pensaient ? Absurdité. Ils auraient sans doute peur de moi. Ils ne comprendraient pas. En plusieurs millénaires, l’évolution a transformé l’homme. Mais, contrairement à l’évolution que certains désirent pour demain, celle-ci a maintenu notre caractéristique première : l’humain, en tant que individu, est de passage sur Terre.  La vie qui habite mes veines est éphémère. Que serais-je sans elle ? L’oublierais-je? Ou serais-je plongée dans un autre corps ? Une cicatrice sur l’épaule me donne envie de croire à la deuxième chance et me replonge dans la valse du monde.

Et d’ailleurs, pourquoi les sensations n’ont pas de place dans ce monde ? Pourquoi ne pas vouloir être formaté par le système c’est être diffèrent ? C’est ne pas rentrer dans les cases des formulaires ? Pourquoi l’Homme d’aujourd’hui doit se spécialiser, être une chose et pas deux ? Pourquoi le monde s’étonne de voir qu’une personne possède diverses compétences dans divers domaines ?  Voyons, voyons, un doctorant ça ne sait pas chanter. Un ouvrier n’est pas créatif. Un comptable ne sait pas changer une roue de voiture. Et moi, je suis une journaliste scientifique qui vit au rythme de l’actualité sans jamais dévier ma plume et regarder la vie s’échapper du monde.

Par chance, certaines zones de ce monde préfèrent prendre le temps de vivre les choses, de concocter des merveilles plutôt que de courir après ce temps. Quel soulagement de savoir, que quelque part, peut-être dans mon champ de vision actuel, je peux rester moi-même et continuer de croire que les petites sensations fondent les grandes inspirations de demain.

Humaine

Dans un monde sans demi-mesure, comment se montrer juste sans tomber dans les extrêmes ? Evidemment, nul ne peut compenser les choses, telles des forces ou des poids sur une balance. Non, sinon ceci ne serait pas une blague :

Trois statisticiens vont à la chasse au canard. Un canard décolle. Le premier tire et passe dix centimètres à côté. Le second tire et passe dix centimètres de l’autre côté. Le troisième, tout sourire : « c’est bon les gars, on l’a eu ! ».

Le sauvetage du coin-coin © N Joly
Le sauvetage du coin-coin © N Joly

Alors pouvons nous faire dans un excès d’émotions par exemple, pour rester debout parfaitement sans expressions ? Rester bouche close lors d’une intense sensation ? Garder les yeux ouverts face à un massacre ?

La réponse se glisse entre chacun de nous.  Au départ, nos pauvres corps étaient neufs et innocents. Puis la vie les a fait chuter, rebondir, aller plus haut, puis tomber un peu, un peu plus bas et là on se relève diffèrent. Chaque étape nous apporte quelque chose. Qu’importe le contenu, cela nous forge. Et c’est parce que nous avons vécu une fois tout cela que notre corps imprime. J’aime l’idée que nos rides sont les marques de notre vie sur notre corps, comme des cicatrices incontrôlables que seul le temps bouscule. Avoir conscience des choses, et apprendre peu à peu à les reconnaître, les appréhender pour mieux contrôler nos réactions.

Il y a plusieurs clichés de personnages. Ceux qui ne peuvent contrôler leurs expressions et ce qui le peuvent.  Je pense que chacun d’entre nous le peut, il faut simplement en avoir conscience et être un minimum empathe. Alors si aujourd’hui je vous dégaine un sourire pour vous cacher mon dégoût des olives peut-être que demain je resterais de marbre face à un accident de voiture. Non, bien sur, cela ne fonctionnera pas. Puisque je vous propose ici une scène qui ne me met pas en danger moi mais qui a chevauché la vie d’autres humains. Là sans réfléchir, mon cœur palpite, je cherche mon téléphone.

Allô je viens d’assister à une collision de voitures. Je ne sais pas, il bouge plus, attendez … oui il respire !

Être humain nous empêche de contenir nos émotions. Il y a peu, je disais « je me sens un peu plus humaine en ce moment », cela semble idiot et pourtant cela ne signifie qu’une chose : ce mur d’insensible qui entourait mon corps et mon âme se fissurait. Il n’a fallu qu’une prise de conscience et beaucoup d’heures passées à écrire, relire, écrire, perdre, retrouver, relire et respirer.

Vue de l'esprit - Niveau de complexité -1 © N Joly
Vue de l’esprit – Niveau de complexité -1 © N Joly

J’ai tendance à croire que l’on a besoin de sortir prendre de l’air, de voir du monde et aussi de rentrer chez soi, boire un thé devant Game of Thrones ou remplir le parquet de créations en tout genre. C’est un équilibre. Finalement, les physiciens voient un peu juste. Là, mon côté chimiste râle un peu mais je ne peux que l’avouer. Il faut un peu de tout pour se retrouver au centre, parfaitement accroché à notre vie, mais surtout à nous même. Et si l’on tombe un peu d’un côté, aucune crainte, il y aura un rappel, notre corps nous fera comprendre que nous dérivons, que nous devenons moins humain. Parce qu’après tout, ce n’est pas humain de plonger entièrement dans un monde. Il faut savoir s’éparpiller pour mieux se recentrer.

Dans de beaux draps.

Bambi ô mon Bambi © DR
Bambi ô mon Bambi © DR

 

C’est parfois rien.

Une simple nuit passée à regarder le temps. À ne plus voir l’heure.

Cela commence avec je-ne-sais-quel magazine. Quelques phrases qui emballent. Une inspiration.

Voilà. On attrape des celluloses vierges, on gribouille quelques traits. Un regard se dessine. Une gorgée de thé.

Qu’elle est douce cette soie. Et voilà que ça vibre. 

Oui bientôt, je retrouverai mes quartiers. Bientôt je chasserai les lions dans les herbes hautes. Mes amis, je m’arrêterai dévorer avec vous la graisse solide du voisin. Et j’apprivoiserai les nouveaux venus.

Tout cela avec un air de je suis chez moi. Et mieux encore, je suis moi, je n’ai plus qu’à valser dans les rues, voir le monde de mon nouveau phare de couleur argentée.

La saison pure approche. La science va revenir en un coup de fouet. Soyez patients. L’imagination nous kidnappe mais ramène nos vies. Cette fois, des effluves de parfums se déposeront ici.

Arizona revient, vous reprendriez bien une tasse de thé ? 

Le phare de la métropole captive

Image Comme pour voler la vedette au beffroi, un vent frais se lève et fait valser les feuilles d’automne sur les dalles grises usées. Au loin, ce sont les voitures qui tourbillonnent autour de la porte de Paris. Un véritable vacarme s’alimente des heures de pointe. Le pied du géant du quartier de la Mairie de Lille s’agite avant que les carillons ne s’affolent. Continuer la lecture de Le phare de la métropole captive