Lumière sur Elysia chlorotica

Le soleil perce la surface. Le courant marin s’engouffre dans les coraux. À l’approche, les poissons du littoral de la Floride se cachent derrière les rochers. Soudain, une feuille se détache d’un végétal. Elle ondule doucement. Des sortes d’antennes se distinguent. Cette feuille a une tête de limace. Mes neurones subissent un électrochoc : ce n’est pas une feuille, c’est Elysia chlorotica, une limace de mer.

K. Pelletreau et al. PLOS One (2014) doi:10.1371/journal.pone.0097477.g001
Anatomy of Elysia Chlorotica © K. Pelletreau et al. (2014)

Cette espèce animale d’un vert émeraude, est un gastéropode opisthobranche marin. Le qualificatif opistobranche n’a aucun rapport avec le côté feuille d’arbre de l’animal. Il indique en réalité que sa branchie est située à l’arrière du cœur, contrairement aux prosobranches qui la porte en avant du cœur. Bon, je vous l’accorde, lire un texte sur une limace ça n’a rien d’intéressant. Et si je vous disais que cette limace était kleptomane et même kleptoplaste ?

Imaginez une bête, unique en son genre, qui en pleine mer, passe son temps à voler des chloroplastes à sa proie l’algue verte, Vaucheria litorea. Tout ça pour entourer ses propres intestins avec les organites habituels sièges de la photosynthèse des végétaux. C’est une grande première : un animal est capable de fabriquer son énergie grâce au soleil tel le ferait un végétal. Mais voilà, manger des chloroplastes ça ne veut pas dire qu’on peut réellement faire de la photosynthèse. Si manger de la salade aiderait l’homme à photosynthétiser ça se saurait ! Il manque donc certains éléments pour compléter le processus. Les scientifiques sont partis à la chasse d’éventuels gènes permettant la photosynthèse et la survie des chloroplastes chez la limace de mer. Et surprise, l’allier secret de Elysia chlorotica, c’est le gène psbO codant notamment pour une enzyme reliée au fameux processus, présent sous une forme identique à la fois chez l’animal que le végétal. Elle ne volerait donc pas que des chloroplastes mais aussi quelques gènes qui s’ancrent dans son génome … ?

Quoiqu’il en soit, Elysia chlorotica adore la lumière. Une fois son système de chloroplastes installé, elle peut vivre sans se nourrir jusqu’à ses vieux jours. Par contre, dans le noir, elle fait moins la fière. À un tel point que la bête perd ses capacités et peut même en mourir. Sa mère l’avait pourtant prévenu « ma fille, si tu traines trop longtemps dans le noir, croque un bout d’algue ».

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s