Ne prenez pas la mouche

L’envahissant vecteur de maladies, Musca domestica, pourrait améliorer nos vies grâce à son génome. Comment ? C’est ce que étudie une équipe de chercheurs de l’université américaine Cornell.

Elle se dépose sur votre avant-bras, court le long de votre radius. L’insupportable chatouillis vous pousse à la chasser d’un revers de main. La mouche virevolte, déploie ses ailes et s’envole. Quelques secondes plus tard, elle se dépose sur votre nez. C’est assez, vous décidez de lui faire la guerre. Vous sortez votre arme fatale : la tapette à mouches.

Illustration Musca domestica
Illustration Musca domestica

Nul à travers le monde ne l’aime, elle, Musca domestica, la mouche la plus commune qui s’invite volontiers chez vous. Et cette haine se justifie en une phrase : elle est vecteur d’une centaine de pathogènes dont le choléra, la salmonelle, la tuberculose et tant d’autres bonheurs pour l’homme. De plus, certaines parviennent à résister à nos attaques insecticides. Comment pourrions-nous aimer cette bête velue génitrice d’asticots?

Peut-être en nous approchant d’études scientifiques, comme celle du professeur Jeffrey G. Scott, de l’université Cornell en Ithaca et ses collaborateurs, publiée dans Genome Biology (1). En effet, ils ont étudié le génome de Musca domestica et il se pourrait que celui-ci améliore nos propres vies à l’avenir !

Tout se cache derrière la comparaison des séquences ADN des mouches femelles Musca domestica à celles de Drosophila melanogaster, la célèbre mouche du vinaigre. De manière attendue, de nombreux éléments étaient communs entre les deux espèces. Toutefois, Musca domestica présentait quelques particularités, notamment au niveau du système immunitaire qui seraient dues à son environnement très riche en pathogènes. Il semblerait que Musca domestica soit  génétiquement prédite pour être meilleure que Drosophila melanogaster pour la détoxication. Qu’est-ce que donc ? C’est un processus, qui implique notamment du glutathion et de la vitamine C, pour rendre les substances toxiques inoffensives au sein de l’organisme. Certains scientifiques explorant le domaine de la biomédecine rêvent d’augmenter les capacités de détoxication de chacun. D’autres évoquent un processus inutile ou tout au moins que les produits « détox » du commerce le sont, que c’est un simple phénomène de mode.

Quoi qu’il en soit, notre amie Musca domestica possède des cellules nerveuses détectrices de substances chimiques, des chémorécepteurs, et des protéines de liaisons, dont beaucoup sont associées au glutathion, que ne possède pas Drosophila melanogaster. Serait-ce l’explication de ses talents en détoxication ? Nul ne le sait encore, mais chose est sure : s’intéresser à un insecte porteur d’autant de pathogènes et vivant dans notre environnement proche, ne peut que nous aider à comprendre comment un être vivant parvient à adapter son système immunitaire dans un milieu hostile, rempli de maladies et d’autres horreurs auxquelles l’homme succombe.

La prochaine fois, avant d’écraser votre squatteuse avec une tapette à mouche, repensez à ses pouvoirs immunitaires et demandez à Musca domestica comment elle fait pour survivre dans ce monde !

(1) J. G. Scott et al. Genome Biology, 14 october 2014 ; 15:466 (open access) doi:10.1186/s13059-014-0466-3
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