Le phare de la métropole captive

Image Comme pour voler la vedette au beffroi, un vent frais se lève et fait valser les feuilles d’automne sur les dalles grises usées. Au loin, ce sont les voitures qui tourbillonnent autour de la porte de Paris. Un véritable vacarme s’alimente des heures de pointe. Le pied du géant du quartier de la Mairie de Lille s’agite avant que les carillons ne s’affolent. Sous les arbres au pied du beffroi, des mots venus d’ailleurs s’installent. « Ja. Gut. » Une douzaine de jeunes allemandes sont là, calepin en main, nez levé vers le gratte ciel des Flandres. Au sol, une camionnette blanche s’arrête. Le conducteur, cheveux ras, polaire noire, descend de son véhicule et disparaît dans les proches échafaudages. Les gardes de pierre adossés au coin du beffroi, eux, ne bougent guère. Ni le bruit des éperons d’une cowgirl des villes ni les incessants croassements des corneilles ne les perturbent. Un courant d’air Il n’a rien sur le dos. Il toussote. Un trentenaire et ses deux cockers tenus en laisse s’évadent des chemins de dalles. A l’ombre des arbres, le froid saisit les corps. C’est un jour d’octobre qui se croit dans un mois d’hiver. Pourtant si l’on ferme les yeux, que l’on oublie le bruit, une odeur nous saisit : celle d’une herbe coupée. On se sent bien. Comme un air de printemps. Soudain un électrochoc me ramène à la vie. L’homme de la camionnette est revenu. Il vient de claquer la porte de son véhicule. Le frisson se poursuit avec le vent qui s’engouffre à travers les mailles de mon gilet. Que ce soit la froideur du muret de pierre ou les étranges fleurs métalliques couleur vert-de-gris qui jaillissent du sol, rien ne parvient à me réchauffer. Un papier tombe. Une main âgée le ramasse. C’est un groupe de séniors dont les brochures sur Lille débordent des poches. Ils se laissent guider par les grands mouvements de bras d’une quadragénaire. Je me concentre pour saisir son discours. « Excusez moi quelle heure avez-vous? » m’interpelle une femme brune, dossiers sous le bras. La grande horloge du beffroi est juste derrière. « 11 heures 57 précisément. » A peine le temps pour une joyeuse petite fille à la robe bleue de courir sur les bordures des pelouses que déjà le beffroi sonne. Huit timides coups espacés d’une dizaine de secondes. Les derniers se font malheureusement étouffer par les carillons de la paroisse Saint Maurice. A croire que chacun tente à sa manière de détourner les regards de ce célèbre emblème du Nord. Texte écrit à l’occasion d’un exercice appelé « Choses Vues » à l’ESJ Lille

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